C’EST BIEN, C’EST AUTOMATIQUE.

Hier soir en sortant du boulot, j’étais fatigué, mais il fallait que j’aille poster une lettre importante. La poste étant en centre ville, j’ai laissé ma voiture sur un parking, j’ai payé à un horodateur puis j’ai pris le tram. J’ai acheté un billet au distributeur automatique, et ensuite je l’ai composté moi-même sur une autre machine. Je suis arrivé à la poste et là, j’ai pesé et affranchi mon courrier avant de le poster sans l’aide de personne. J’en ai aussi profité pour retirer de l’argent à un distributeur bancaire. Dans le hall de la poste il y avait un distributeur de boisson automatique, alors je me suis fait un petit café.

Lorsque j’ai récupéré mon véhicule, je suis allé faire le plein en utilisant ma carte bleue et en me servant moi-même, maintenant je fais ça très bien et j’utilise le gant mis à disposition. Comme les pompes à essence sont à proximité d’une grande surface, j’en ai profité pour faire mes courses. Grâce à un jeton j’ai récupéré un chariot que j’ai rempli avec différents produits et ensuite je suis allé à une caisse automatique où j’ai moi-même scanné mes articles que j’ai ensuite payés tout seul comme un grand. Comme il était tard j’ai diné à la cafétéria qui jouxte le magasin, c’est un self, c’est-à-dire que l’on se sert tout seul, ensuite l’on passe à la caisse et à la fin du repas, l’on débarrasse et l’on ramène son plateau à la plonge, c’est super pratique !

Pour rentrer chez moi, j’ai pris l’autoroute. Au péage, j’ai jeté quelques pièces dans une corbeille et la barrière s’est soulevée toute seule. Il faisait encore bon, je me sentais bien, j’ai appuyé un peu fort sur le champignon, et je me suis fait flasher par un radar automatique. Et merde ! Demain, le PV sera également envoyé automatiquement…. Marre de la bagnole, la prochaine fois que je « monte » à Paris, j’irais en avion, c’est pratique on fait soi-même son billet sur internet, et ensuite sur place on peut procéder à l’auto-enregistrement de ses bagages. Et le plus surprenant c’est que les navettes qui relient l’aéroport sont entièrement automatisées,  il n’y a même pas de conducteur !

Le lendemain en me rasant je pensais à ma carrière professionnelle. Lorsqu’à la radio le flash spécial info a annoncé que le chômage était en hausse et que l’on devrait cotiser plus longtemps pour nos retraites. Et là, je ne sais pas pourquoi mais certain de mes gestes quotidiens se sont imposés à mon esprit. Premièrement j’ai pensé que c’était plus commode de se servir soi même, puis je me suis dit que c’était quand même un peu comme si je travaillais gratuitement. Deuxièmement, je me suis posé la question de tous ces chômeurs remplacés par des machines qui obligent les clients à travailler en prenant la place de véritables salariés. Ensuite le problème des retraites a effleuré mon esprit : si tout est automatisé, l’on aura besoins de beaucoup moins de personnes pour fabriquer nos produits, donc plutôt que de prélever des cotisations sur les salariés, il faudrait peut-être les prélever sur les automates ou sur la richesse produite. Bon, enfin, je ne vais pas me mettre martel en tête, je suis encore jeune, j’ai le temps de voir venir… je n’ai que 35 ans !

Voila, j’ai bientôt 53 ans, je ne travaille pas, je touche le minimum « assistanat » et je suis obligé de faire 20 heures par semaine de travail de solidarité : je nettoie les différents automates et distributeurs de mon quartier. Il y a énormément de travail car en 15 ans les machines ont envahi tous les secteurs de notre vie. Dans six mois si je ne trouve pas un travail stable, on me retirera ma carte de santé, de logement et de ravitaillement, et l’on m’emmènera dans un établissement « CQI », je ne sais pas si c’est bien, j’en connais qui y sont allés, mais je ne les ai jamais revus.  Là bas aussi, il parait que tout est automatisé…..

« Il n’y a point d’assujettissement si parfait que celui qui garde l’apparence de la liberté »… J.J. Rousseau

POUR CHANGER, ESSAYER LES RIMES …

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4 réflexions sur “C’EST BIEN, C’EST AUTOMATIQUE.

  1. Bien d’accord, l’automatisation tue des emplois. Et pourtant, il serait aberrant d’aller contre le progrès technique, qui est vieux comme l’humanité. Devrions-nous réintroduire les poinçonneurs dans le métro? Les gardes barrière aux passages à niveau? Ce qu’il faut surtout voir dans l’automatisation, c’est la hausse spectaculaire de la productivité. Ainsi le sens de l’Histoire va vers une réduction du temps de travail. Si les institutions politiques étaient réellement au service de l’intérêt général, nous devrions tous bénéficier de cette hausse de productivité. Et ainsi Avoir plus de temps pour nos loisirs, s’occuper de nos enfants, etc. Mais la société individualiste actuelle va dans le sens du triomphe de la cupidité. Exploitation des uns par les autres, explosion des inégalités…
    Le progrès technique n’y est pour rien. C’est au progrès humain de régler le problème

  2. Prenons encore plus de recul : à quoi sert le travail ? A se nourrir et se loger, rien de plus.

    A une époque, travailler consistait à chasser, pêcher, cueillir et éventuellement construire et entretenir un habitat sommaire. Ensuite sont venus l’élevage, la culture et le commerce.

    Beaucoup plus tard on s’est dit que si les machines pouvaient travailler à notre place, on pourrait se la couler douce.

    C’était sans compter sur la nature humaine et le capitalisme. Seuls ceux qui possèdent les machines en profitent, les autres triment comme des bêtes ou n’ont pas de boulot, et le mouvement s’accentue.

    Seulement comme ce sont les consommateurs qui entretiennent ce système et enrichissent la tête. Ce sont eux qui achètent le travail des machines. Ce système est donc probablement appelé à s’effondrer, un peu à la façon d’un pyramide de ponzi.

    Des autoroutes à l’abandon. Magnifiquement automatisées, mais peu de gens ont les moyens de se payer une voiture.

  3. Question rentabilité, travail, société, n’est-on pas en train de faire tragiquement fausse route ?
    D’abords plongeons-nous dans un autre pays, en Inde par exemple; ici dans un hotel, mais ce serait valable aussi pour d’autres pays et d’autres types de services:
     » une multitude de serveurs en chemises à carreaux, de porteurs, de gardes en tenue kaki qui sommeillent devant les pavillons.
    Dans la gestion néolibérale des entreprises, et du type de société que veut nous infliger le nouveau président hexagonal, on économise sur le nombre d’employés et, tout en culpabilisant les exclus, on presse sans pitié l’énergie de ceux qui ont la « chance » de travailler. Ce n’est apparemment pas la stratégie du New Woodlands. Ici des centaines d’employés travaillent peu (même s’ils font beaucoup d’heures) pour gagner peu, dans la bonne humeur. » (blog : Celestissima)

    Oui je remarque ce fait. Voilà je crois quelque chose d’important (mais quand, quand les gens, intoxiqués, s’en rendront-ils compte? Bon, après trois décennies d’adoration des supermarchés (plus économiques!) quelques uns commencent à Boycotter les Grandes Surfaces, alors peut-on espérer?) quelque chose donc de très important:
    On nous a tellement, tellement culpabilisés sur les emplois « peu productifs » à supprimer sans pitié et d’urgence!! à remplacer par des machines, qu’on est maintenant incapables (ou alors avec un terrible sentiment de culpabilité!…) de penser autrement. Mais ne voit-on pourtant que le résultat en est, outre un chomage féroce, brisant des vies (et des ménages…) créant sur le marché du travail une féroce inégalité du demandeur face à l’offrant, faisant des travailleurs stressés, précarisant ! Précarisant le client aussi ! qui cherche déséspéremment une station-Service pour sauver sa voiture de la panne sèche, ou un guichet qui pourrait le renseigner, ou un être humain au bout du téléphone, etc, etc, etc.
    Bref à cela une question de bon sens: ne vaut-il pas mieux payer des tas de gens à « travailler peu pour gagner peu dans la bonne humeur » que de payer des chômeurs humiliés, controlés, précarisés, à ne rien faire (sinon faire semblant de chercher un travail qu’on leur refusera !) ?
    N’est-ce pas plus sain, ne serait-ce pas plus sain pour une société la première solution? Et ne serait-il pas plus agréable, et sécurisant, pour tous de vivre dans une société où il y a des pompistes, des employés, qui à l’occasion attendent en tricotant derrières leurs guichets, mais sont, justement là, sur lesquels on peut compter, dans une société équipée, et où il n’y aurait pas toute cette délinquance, ce cercle vicieux de violence et de contôles, et d’humiliations, et de stress, crés par ce pressurage à la « rentabilité ». Si l’Economie était politique et sociale (c’est ce qu’elle doit être portant!) et non monétaire et spéculative.
    Ne croyez-vous pas que bien des gens préféreraient largement être payés peu à faire des petits boulôts pas forcément très intenses (tant mieux!) ni très productifs mais, qui représentent un STATUT, une PLACE dans la société, que de « galérer » (et trembler de peur à la radiation!) et se sentir humiliés à mendier une allocation ou un RMI?

    Mais je crois que certains interêts et certains esprits, et certaines idéologies, préfèrent la deuxième solution. Certains apellent ça le « Libéral-Fascisme »
    http://www.syti.net/Topics.html

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