LE 9 AVRIL 1927

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Vanzetti, condamné avec Sacco à l’électrocution, répond le 9 avril 1927 au juge Thayer : « Si cette chose n’était pas arrivée, j’aurais passé toute ma vie à parler au coin des rues à des hommes méprisants. J’aurais pu mourir inconnu, ignoré : un raté. Ceci est notre carrière et notre triomphe. Jamais, dans toute notre vie, nous n’aurions pu espérer faire pour la tolérance, pour la justice, pour la compréhension mutuelle des hommes, ce que nous faisons aujourd’hui par hasard. Nos paroles, nos vies, nos souffrances ne sont rien. Mais qu’on nous prenne nos vies, vies d’un bon cordonnier et d’un pauvre vendeur de poisson, c’est cela qui est tout ! Ce dernier moment est le nôtre. Cette agonie est notre triomphe. »

En dernier recours, une pétition est présentée au gouverneur de l’État. Celui-ci refuse la grâce des deux anarchistes qui ont pourtant toujours nié toute participation au crime dont on les accuse. Malgré un mouvement national et international de solidarité, Nicolas Sacco et Bartolomeo Vanzetti sont exécutés sur la chaise électrique le 23 août 1927 à minuit.

L’information fait rapidement le tour du monde. À New York des milliers d’hommes et de femmes se regroupent en apprenant la nouvelle, et la colère ouvrière se fait entendre dans toute la ville. Des mouvements violents éclatent.

En France, la réaction n’est pas moins véhémente. Vingt heures avant l’exécution, 20.000 personnes étaient rassemblées au Pré-Saint-Gervais, sous une pluie battante, pour réclamer l’amnistie. Quand la nouvelle tombe, dans la journée du 23, l’émotion est immense. Le Libertaire sort une édition spéciale, ainsi que L’Humanité qui titre : « électrocutés ! Le prolétariat les vengera ! »

Le soir même, plusieurs milliers de personnes défilent dans les rues où les forces de l’ordre sont omniprésentes. La manifestation tourne vite à l’émeute, des cafés et des magasins sont pillés, des ébauches de barricades sont dressées. À minuit, le calme revient malgré les quelques 250 arrestations et la centaine de manifestants blessés, dont beaucoup de femmes et d’enfants. Mais la police également a payé : 124 blessés dans ses rangs. Un peu partout dans le monde d’autres manifestations éclatent spontanément à la mémoire de Nicolas et Bart.

« Maintenant Nicolas et Bart
Vous dormez au fond de nos cœurs
Vous étiez tous seuls dans la mort
Mais par elle vous vaincrez ! « 
Joan Baez

Lire : L’ANARCHIE, CE N’EST PAS LE BORDEL !

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