DROGUE : la spirale infernale !

24 heures en images - Un chat enduit de peinture verte à Varna, en Bulgarie, dans une photo diffusée le 4 décembre par l'agence Sipa.

La dépendance aux drogues dures est présentée comme une sorte de maladie qui frappe des victimes innocentes, à la manière de l’arthrite par exemple. Victimes des dealers, les consommateurs de drogue qui souhaiteraient arrêter seraient obligés d’endurer d’intenses souffrances au moment du sevrage. Il s’agirait donc d’une sorte de maladie, relevant de la médecine. Mais je pense que c’est un mythe qui fait beaucoup de tort aux drogués. Car, premièrement, cela leur fournit une sorte d’excuse, une « bonne raison » de rester dans leur état ; deuxièmement, ce qui est encore pire, on occulte la vérité sur l’addiction aux drogues, ce qui empêche de prendre des mesures adaptées pour prévenir leur usage et aider les personnes dépendantes à s’arrêter.

S’il est si difficile de convaincre un drogué d’arrêter, c’est parce que la drogue lui facilite énormément la vie – en apparence du moins. Les médias parlent souvent, actuellement, des effets des drogues contre les douleurs physiques. Il est vrai que le cannabis est efficace dans ce domaine. L’Allemagne vient d’ailleurs d’autoriser sa culture et son usage comme anti-douleur. L’héroïne aussi a un fort effet anti-douleur : elle est extraite de l’opium, tout comme la morphine couramment utilisée dans les hôpitaux et en soins palliatifs.

Mais les vraies raisons du succès des drogues dans notre société sont qu’elles procurent un soulagement immédiat des douleurs morales : si vous vous sentez seul, moche, idiot, raté, prenez du cannabis, du LSD, de la cocaïne ou de l’héroïne, et vous vous sentirez à nouveau bien dans votre peau. Vous verrez la vie en rose.

La cocaïne en particulier vous donne l’impression d’être en superforme et capable de tout. Les braqueurs en prennent avant de faire un casse, les stars du rock et de la télé avant de monter sur scène. Dans les rave-parties, elles permettent aux « teufeurs » de sauter pendant une nuit et un jour sans dormir.

Ainsi, une personne qui ne connaît dans la vie que des échecs (échec scolaire, échecs sentimentaux, échecs professionnels…) pourra éprouver, grâce à la drogue, le sentiment de fierté, de bien-être et même de jubilation que l’on n’éprouve normalement qu’après avoir réalisé un exploit. La drogue permet de « faire la fête » même quand on n’a aucune raison de faire la fête (et qu’on aurait plutôt des raisons de se remettre en question).

Ce sentiment de fierté et de bonheur est indispensable à l’être humain. Sans lui, vous perdez votre envie de vivre. C’est pourquoi l’on parle de « dépendance psychologique » à la drogue, un phénomène qui est d’autant plus puissant que la personne est en difficulté dans la vie. Les drogues permettent aux gens d’éviter de faire face aux défis de l’existence. Elles incitent le consommateur régulier à la passivité, au laisser-aller, à devenir indifférent à ses propres problèmes.

L’élève en échec scolaire échouera de façon encore plus certaine à ses examens. La personne seule verra ses chances de rencontrer l’âme sœur se réduire encore. Comme elle coûte cher, la personne qui connaissait déjà des difficultés professionnelles et financières avant de découvrir cette solution « miracle » verra ses problèmes s’aggraver, et ce d’autant plus qu’il faut augmenter constamment les doses pour obtenir le même résultat.

Les conséquences humaines et sociales des drogues sont donc catastrophiques, allant jusqu’au divorce, à la clochardisation, et à la mort. Tandis que les difficultés s’amoncellent dans la vie du drogué, la drogue lui fournit une échappatoire toujours plus nécessaire, pour fuir une réalité de plus en plus effrayante.

Et c’est pourquoi, lorsque vous rencontrez un drogué arrivé à un stade avancé, sa « vraie vie » est dans un tel état de délabrement qu’il est extrêmement difficile de le convaincre d’arrêter la drogue. Il ne désire tout simplement plus vivre dans le monde réel. Et on peut le comprendre. C’est donc une spirale infernale. Et c’est pourquoi il est bon de dire aux jeunes de ne jamais, jamais, essayer. Même une fois. Même pour s’amuser. Mais il faut, et c’est encore plus vital, leur montrer qu’il existe une autre voie qui leur apportera plus de bonheur que les paradis artificiels. C’est cela qui est difficile. C’est cela que nous faisons très mal…

Jean-Marc Dupuis

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