GRÉCE- ESPAGNE : changement de programme !

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Alors que la Grèce bouillonne et que l’Espagne est fortement secouée , on peut espérer (enfin !) des gauches « radicales » au centre des développements en Europe. Certes, comme dit l’autre, sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire, mais pour la première fois depuis le milieu des années 30 (quand même…) nous allons peut-être avoir au cœur de l’Europe un « gouvernement de rupture », même si​ ce n’est pas gagné, et que ​nous ne devons pas sous estimer la violence de la campagne qui va s’en prendre à Syriza pour distiller la peur, ni les difficultés à venir, à commencer par les tensions possibles au sein de Syriza. Et il y a Podemos, la première (et à ce jour la seule) traduction politique des mouvements type Indignados.

Les médias, l’Europe (L’Allemagne en particulier) et les institues financiers agitent le spectre de l’extrême gauche, or que voit-on ? Le programme de Syriza est certes antilibéral, mais il est à peine anticapitaliste, certainement pas socialiste et encore moins « communiste ». Et pour Podemos c’est encore plus net. Iglesias lui-même dit (avec raison) que ce qui est avancé par son mouvement est plus modéré que le PSOE au début des années 80. Là, à Podemos, surtout depuis quelques semaines, plus l’ombre d’anticapitalisme, et, sur la forme comme sur le fond, aucune trace de possibilités autogestionnaires : toute confiance à un État restauré dans ses responsabilités sociales. Pour l’instant, on en est là.

Pour Podemos, pas de trace donc d’autogestion, et presque rien d’écologie. Pour le féminisme c’est une bagarre acharnée qu’il a fallu mener pour que la question de l’avortement soit en bonne place (Iglesias et les siens considèrent qu’il faut se concentrer sur ce qui unit, donc l’austérité et la lutte contre « la caste », pas sur ce qui, potentiellement, divise). Mais la preuve est sous nos yeux : oui on peut être donné à 25% dans les sondages sans ceci. Pour Syriza les choses sont plus complexes, plus « classiques » . Et là, commentaire inverse : ce n’est pas parce que ces thèmes​ ​(« sociétaux », écologie) sont maintenus comme centraux par nos amis en Grèce (comme aussi la défense intransigeante et si courageuse du droit des immigrés) que l’on ne peut pas être à deux doigts du pouvoir.

La gauche et la droite, il faut abandonner la référence pense une majorité grandissante chez nous​ mais, évidemment, chez Podemos. Pour lequel c’est non seulement une posture, mais un choix très profond. C’est leur façon à eux de se montrer « neufs » et hors système. Il est vrai que c’est sans doute la rupture avec le Psoe (et la notion même de gauche) qui est au centre de la montée de Podemos. Même rupture avec le Pasok pour Syriza mais… pas du tout avec la gauche, avec son histoire et ses racines. Au contraire ! Syriza vit entouré des symboles de la guerre antinazi et plongé dans les valeurs de la gauche la plus profonde. Pour eux la gauche, c’est Syriza, le Pasok ne l’est plus (ou ne l’a jamais été). Ne faudrait-il pas fouiller plus cette question quand on voit deux succès appuyés théoriquement sur des bases si différentes ? Avec des bémols. Les élus européens de Podemos sont membres de la GUE (donc…à gauche comme le dit le nom même du groupe). Et inversement Syriza comme Podemos font de la rupture avec les socialistes une condition majeure. Mais, on ne le souligne pas assez, dans les deux systèmes législatifs, il s’agit d’une élection proportionnelle à un tour et le danger fasciste est inexistant dans un cas, faible dans l’autre. La question de l’alliance avec les PS ne se pose qu’une fois l’élection produite. Donc, en pratique, la rupture n’est pas concrétisée par un refus de choisir entre « gauche » et droite dans un deuxième tour qui n’existe pas mais par le refus assumé en Espagne et en Grèce de gouverner avec les socialistes, le pays ou les régions. Voilà. On en déduit quoi pour nous ? Nous sommes nombreux à penser que la rupture avec le PS est tout aussi indispensable chez nous. Et sur la référence à la gauche eh bien l’abandon a sans doute conditionné le succès de Podemos, mais l’ancrage à gauche revendiqué a conditionné celui de Syriza. Voilà, voilà.

Le problème serait-il dans ​la forme du parti ou du mouvement ? Syriza est un parti tout à fait classique, qui plus est avec une représentation interne proportionnelle des courants. Et dont 40% environ est constitué par des anciens groupes d’extrême gauche eux aussi plus que classiques. Mieux : en Grèce, par tradition, il n’y a rien qui ressemble à notre Charte d’Amiens, et les élections au sein des syndicats se font sur la base de plateformes directes de parti. Bien que le pays ait connu des grèves générales, de puissants « mouvement des places » et nombre d’expériences d’autogestion (qui continuent), le thème de « la crise de la forme parti » est tout simplement absent. Et Syriza en est où on sait… Podemos de son côté est tout entier construit sur le rejet des partis « du système ». En particulier, un des points tranchés récemment fut le fait de savoir s’il fallait réserver le droit de décider aux membres des « circulos » (les cercles territoriaux ou thématiques), ou l’ouvrir à ceux qui le voulaient (« click actvistes » comme ils disent). C’est, très largement, la seconde option qui l’a emporté. Affaire réglée ? Eh bien pas vraiment. Parce que cette ouverture grand angle et tout à fait réelle (plus de 200 000 adhérents Internet) s’est traduite en définitive par la délégation totale du pouvoir de décider à un petit groupe désigné par Iglesias tout seul. Groupe qui, entre autres, décide de quelle question il faut poser par consultation générale et de laquelle il ne faut pas. Avec certes des processus « révocatoires » mais dont on voit bien qu’ils sont des mesures de crise, pas de fonctionnement courant. 90% des un peu plus de 100 000 votants ont décidé, au nom de l’efficacité et du fait qu’il fallait gagner les élections en 2015 (« la fenêtre » comme ils disent) de se déposséder pratiquement de tout pouvoir à l’échelle de l’État.

Autrement dit, quand on demande aux masses de gens issus pour beaucoup des Indignés quel est leur choix, c’est la délégation stricte qui est choisie. Surprise non ? Au passage, rejet dans les mêmes proportions du tirage au sort. Et au final on a un mouvement doté « d’un secrétaire général » où « la démocratie » a pris des formes inattendues, très inattendues… même s »il y a par ailleurs de vraies avancées démocratiques. Mais le fait est là : après ce choix entièrement « verticaliste », Podemos a doublé ses intentions de vote dans les sondages, signe peut-être encore plus spectaculaire d’où vont les souhaits populaires (en gros le mouvement serait apparu « responsable » du fait de son choix). Mais dans un cas comme dans l’autre, ce n’est pas l’idée « du réseau » avec ramifications sans fin et « sans direction » qui l’emporte en Grèce ou en Espagne. Au final, c’est un grand classique, les peuples ont besoin d’un guide, d’un chef, d’un homme ou d’une femme providentielle …

Source

Lire : GRANDE-BRETAGNE : SOCIALISME POUR LES RICHES, CAPITALISME POUR LES AUTRES.

« Le comportement borné des hommes en face de la nature conditionne leur comportement borné entre eux. »… Karl Marx

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