LE PLAFONNEMENT DE L’HÉRITAGE … remettre les compteurs à zéro !

amontreminiryti

La transmission du patrimoine d’un défunt à ses héritiers est, dans nos sociétés modernes, l’une des règles et des traditions les plus injustes et des plus inéquitables, même si elle est très largement admise. Mon propos n’est pas de remettre en question le droit à la propriété privée, bien au contraire. Une politique différente en matière de succession pourrait, par ses effets secondaires, permettre à un plus grand nombre de personnes d’accéder à la propriété, en particulier pour le logement. Posons-nous légitimement la question : A qui revient le mérite de la fortune du défunt ? Supposons que celui-ci ait acquis sa fortune sans enfreindre la loi.

A qui appartiennent réellement les richesses accumulées toute une vie ?

  • à ses parents s’ils sont encore en vie, qui l’ont élevé, qui, par leur éducation, leur soutien, ont fait de lui ce qu’il est devenu.
  • à son épouse (ou époux), en fonction de la durée de la vie commune, qui l’a aidé(e), assisté(e), soutenu(e), encouragé(e)…
  • à la collectivité, qui a financé les infrastructures et les services qu’il a utilisé.
  • à la collectivité qui a payé les intérêts de ses bons du Trésor ou de ses obligations.
  • à ses locataires qui sont privés de beaucoup de choses pour payer leur loyer.
  • à ses employés ou salariés directs, qui même s’ils ont été rémunérés au « prix du marché », ont généré « l’effet de levier » qui provoque parfois un accroissement très rapide de la valeur des entreprises.
  • aux ouvriers des entreprises dont il était actionnaire, et dont le licenciement a permis d’augmenter les bénéfices de celles-ci et de lui verser des dividendes.
  • aux petits actionnaires qui n’ont pas eu sa chance et qui ont perdu beaucoup d’argent quand il a spéculé en bourse.
  • à l’entreprise qui lui a versé son salaire et, par ricochet, aux clients de celle-ci qui ont contribué à sa rémunération.
  • à tous les joueurs du loto qui ont parié en même temps que lui et qui ont perdu quand lui a gagné.
  • etc.

Ce raisonnement revient à dérouler en arrière tout le film de sa vie et de retrouver qui a contribué à sa fortune et à déterminer, en se plaçant du point de vue de l’équité, à qui elle devrait légitimement revenir.

En les regroupant, on peut ainsi identifier trois « rétro-héritiers » :

  • ses propres parents ou ceux qui l’ont élevé ;
  • son épouse (ou époux) ;
  • la collectivité, représentée par l’Etat qui seul est en mesure de redistribuer équitablement et efficacement sa fortune.

« Mais, il a acquitté honnêtement tous ses impôts, il est quitte avec l’Etat », direz-vous ! A cela, on peut répondre que la paix et la sécurité dont il a profité n’ont pas de prix. Sans elles, il n’aurait rien eu, avec elles il a tout. La transmission d’un héritage à des descendants ou à des collatéraux apparaît injustifiée sur le plan de l’équité. En outre, en concentrant au fil des générations d’immenses fortunes au main d’une petite partie de la population, elle permet de maintenir en place une forme de féodalité basée sur l’argent, le capitalisme héréditaire, qui ne fait qu’accroître les inégalités. L’héritage n’est ni plus ni moins qu’une transmission de privilèges, comme autrefois les titres de noblesse.

Je ne dis pas que l’on doit supprimer totalement le droit d’héritage aux descendants, mais seulement d’instaurer un plafond pour l’héritage. Ceci laisserait à la plupart des personnes la possibilité de transmettre à leurs enfants les biens pour lesquels elles ont souvent travaillé toute leur vie, comme la maison familiale. Une telle mesure ne concernerait que les grandes fortunes, soit nettement moins de 5% de la population.

Même les vrais libéraux devraient souscrire à cette idée en y voyant le moyen de diminuer d’autres impôts et de faire un grand pas vers l’égalité des chances en favorisant le vrai « mérite » et non pas la chance d’être né dans la bonne famille.

Pierre Tourev, 09/04/2006, mis à jour le 09/09/2009

Lire : L’HÉRITAGE EST-IL LÉGAL ?

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3 réflexions sur “LE PLAFONNEMENT DE L’HÉRITAGE … remettre les compteurs à zéro !

  1. trés bon article mais qui je pense dans la société actuelle ou le bien materiel est porté au nu va etre mal accueilli.
    A lors que les gens devraient surtout se battre pour laisser a leur enfants des biens collectifs comme la santé et l’education gratuite pour tous, un vrai droit au travail et au logement, etc… les gens preferent des biens materiels et illusoire que leur enfants seront obligé de vendre pour survivre !

    • C’est parce que la France a perdu toutes valeurs humaines que vous pouvez dire cela. Dans certains endroits, les enfants vivent avec leurs parents dans la maison familiale, il y a un respect mutuel entre les enfants et les parents, et les enfants savent que cette maison qui les accueille est la leur. Ce sont leurs racines, c’est leur vie. C’est une honte de le taxer… Je pense à la Grèce, Chypre, l’Espagne, l’Italie.
      Il faut comprendre que dans 10 ans, il n’y aura plus de travail, tous les boulots « bêtes » pourront être réalisés par des robots. Le vrai droit au travail est une croyance qui nous vient de la révolution industrielle pour nous transformer en esclaves du travail. Il faut juste arrêter la confiscation des richesses par la dette et apprendre à vivre dans un monde qui n’est pas axé sur la croissance. Pour ce dernier point certains savent le faire, aller discuter avec son voisin au café plutôt que de lui parler sur un i-phone… Ce sont chez les mauvais élèves de l’Europe. Mauvais élève = tout n’est pas industrialisé – vous consommez encore des produits qui ne sont pas fabriqués par des multinationales – et pas assez de croissance – vous n’achetez pas assez de trucs inutiles -.

  2. Je pense que vous mélangez deux problèmes différents. La propriété privée et son corollaire l’héritage et le fait de pouvoir empiler des richesses à l’infini. Est-ce que la richesse est une propriété privée ?

    Si vous vivez avec vos parents dans la maison familiale, c’est un peu votre propriété, pourquoi serait-il interdit d’en hériter ? Mettre un plafond sur l’héritage consiste à dire, à partir de quand ce n’est plus une propriété privée, quelque chose avec quoi vous vivez… A partir de quand le tee-shirt que vous portez n’est plus votre propriété privée ? Je pense donc que les taxes sur l’héritage sont du vol pur et simple. Vous avez une propriété privée, vous en faites profiter vos enfants, et bien à votre mort, ce n’est plus le cas, je vous la vole (pour le bien commun).
    Comment obtenir une adhésion ? Comment ne pas chercher à déroger à cette règle par tous les moyens ? Et ce sont toujours ceux qui sont riches qui ont les moyens de les trouver…

    A la base le problème est bien la propriété privée pas l’héritage. Est-ce que 200 000 000€ sur un compte en banque est une propriété privée ? Est-ce qu’un château que je n’habite jamais est une propriété privée ? Est-ce qu’une entreprise dont la taille est telle que je ne connais pas les employés est une propriété privée ? Et si ce n’est pas une propriété privée, c’est quoi ? Et sur ce quoi quelles règles devons nous appliquer…

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