DES CRÉATIONS D’EMPLOI QUI COUTENT CHER AUX FINANCES PUBLIQUES

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Le Pacte de Responsabilité  devrait créer un demi-million d’emplois, promet le gouvernement, grâce aux mesures avantageant les entreprises. Celles-ci coûteront 30 milliards d’euros à la collectivité, soit 60 000 euros par emploi créé ! Et risquent de profondément déstabiliser les finances de la Sécurité Sociale.

Pour un résultat bien incertain : les précédentes mesures d’allègements de charges pour les entreprises n’ont pas enrayé la progression du chômage ni favorisé la création d’emplois stables, correctement rémunérés et durables. Mais le gouvernement a la mémoire bien courte.

60 000 euros par emploi créé dans une entreprise : c’est ce que dépensera chaque année au minimum le gouvernement avec son « programme de stabilité » qui consiste essentiellement à diminuer le coût du travail pour les employeurs et les impôts acquittés par les entreprises : baisse des cotisations sociales sur les salaires, réduction puis suppression de la contribution sociale de solidarité des entreprises et baisse de l’impôt sur les sociétés. Selon le  ministre du Travail, ce « pacte » avec les entreprises devrait ainsi créer environ 200 000 emplois, pour un coût annuel de 10 milliards. S’y ajouteront les 300 000 emplois espérés d’ici 2017 grâce au CICE qui, lui, coûtera 20 milliards. Cette diminution du « coût du travail » sera financée en rognant sur plusieurs dépenses publiques – protection sociale, assurance-maladie ou investissements des collectivités locales. Problème : les effets en matière de création d’emplois sont loin d’être certains. Et le coût pour les finances publiques dépasse tout ce qui a été mis en œuvre auparavant.

30 milliards pour 500 000 emplois présumés, cela commence à faire cher l’embauche. La facture n’a jamais été aussi lourde pour créer ou préserver des emplois. Car le pacte de responsabilité et le CICE s’ajoutent aux « allègements Fillon », les 20 milliards d’exonérations déjà existantes qui portent principalement sur les bas salaires. En une décennie, les exonérations sur les cotisations salariales sont ainsi multipliées par trois, passant d’environ 15 milliards d’euros en 2004 à 50 milliards, si l’on cumule le CICE, le pacte de responsabilité et les allègements Fillon. Et cette fois, la baisse des cotisations sociales ne sera plus compensée par l’État. Autant de ressources en moins pour les branches retraite et assurance maladie de la Sécurité sociale.

L’expérience de la baisse du taux de TVA dans la restauration vient confirmer ces inquiétudes. Entre 2009 et 2012, cet allègement de la fiscalité « qui pèse sur les entreprises » a coûté 10,58 milliards d’euros au budget de l’État. L’objectif, affiché par le gouvernement de l’époque : « Créer 40 000 emplois supplémentaires dans les deux ans, dont 20 000 contrats en alternance, contrats d’apprentissage et contrats de professionnalisation. » Résultat, trois ans plus tard : Seuls 5 000 emplois supplémentaires ont été créés par an entre 2009 et 2011, soit 25 000 emplois de moins qu’attendus…

Selon les estimations d’économistes du CNRS, chaque emploi induit par les précédentes exonérations de cotisations sociales a coûté entre 34 000 € à 42 000 €. Ce coût va donc presque doubler avec le Pacte de responsabilité et le CICE. « En supposant que ces emplois soient créés, 60 000 € par emploi, c’est nettement supérieur à ce que représente un emploi moyen. Le coût pour les finances publiques est prohibitif », déplore Pierre Khalfa. Une embauche au salaire médian – 1700 € nets pour le salarié – coûte à l’employeur entre 35 000 et 40 000 euros par an. La dépense sera donc largement couverte par la collectivité. Sans oublier qu’il sera quasiment impossible de vérifier la réalité des embauches. « Contrôler, c’est impossible, à moins d’envoyer un inspecteur du travail dans chaque entreprise », sourit le co-président de la Fondation Copernic.

Des créations d’emplois bien incertaines, à un coût prohibitif pour la collectivité, le Pacte de Responsabilité a déjà du plomb dans l’aile.  Sans compter la manière dont il sera financé : « Si en même temps vous cassez la consommation des ménages en tapant dans la dépense publique, en diminuant les transferts sociaux ou en gelant le pouvoir d’achat des fonctionnaires, cela va peser sur la consommation et risque de casser la dynamique de reprise », prévient Bruno Ducoudré. « 10 milliards d’économie dans les dépenses publiques, c’est 0,5 point de croissance du PIB en moins. » Exonérations ou pas, les entreprises n’embaucheront pas si leurs carnets de commandes restent vides. Et la Sécurité sociale risque d’être déstabilisée par plusieurs milliards de ressources en moins. Certains auront beau jeu, ensuite, de critiquer son déficit et son inefficacité.

Source

Voir : HOLLANDE, UN PACTE IRRESPONSABLE

Et aussi :  LA FIN DE NOTRE PROTECTION SOCIALE

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