UN EDIFICE ANTIDEMOCRATIQUE DONC LA FINANCE EST LA CLE DE VOUTE

austerite-france

Les politiques d’austérité et de compétitivité, censées répondre à la crise, n’ont fait que l’empirer. Si les politiques d’austérité sont récessives et contribuent à la destruction des économies européennes comme en Grèce, les politiques de compétitivité n’ont jamais tenues leurs promesses en matière d’emploi.

Les études d’impact menées par des organismes indépendants montrent que les accords de libre-échange détruisent souvent plus d’emplois qu’ils n’en créent (c’est notamment le cas de l’accord de libre-échange nord-américain, ALENA, qui présente de nombreuse similitude avec le projet d’accord transatlantique). De manière plus générale, dans l’Union européenne, la centralisation de la production et de la distribution catalysées par le Marché unique ont permis aux multinationales de diminuer les coûts… en réduisant considérablement leur main-d’œuvre.

Cette tendance s’observe partout : le diptyque austérité-compétitivité dope les profits, mais sûrement pas l’emploi. Il se résume à une course à la précarité, à l’explosion des inégalités… où il faut aller toujours plus vite ! Et représente aussi une menace grave contre la démocratie. Appliquée « de force » dans les pays sous le joug de la Troïka, les politiques d’austérité et de compétitivité sont distillées de manière plus ou moins subtile dans les autres pays européens. Mais si les élus deviennent des « managers » du territoire – qui doivent désormais tout faire pour attirer entreprises et investissements privés tout en comprimant les dépenses – sont-ils au service de leurs électeurs… ou du privé ?

Cette logique atteint son extrémité avec les mécanismes de contrôle des budgets nationaux ou encore de ceux négociés dans le cadre de l’accord de libre-échange transatlantique, qui visent à instaurer un véritable droit de regard des investisseurs sur les normes et régulations nationales (arbitrage investisseur-Etat). Avec la possibilité d’attaquer un gouvernement en justice si jamais ces normes entravent de possibles investissements et profits…

Une de causes profondes de cette fuite en avant à laquelle nous assistons en Europe faite de reculs sociaux et démocratiques, de destruction de la nature, est à bien des égards l’incapacité (voire l’absence de volonté) des dirigeants européens à s’opposer de manière frontale à la domination de la finance. Ainsi comme on l’a évoqué, la crise de la dette publique en Europe s’explique en grande partie par la crise économique qui a succédé à la crise financière, mais aussi au sauvetage des banques sans contreparties. Elle a été aggravée par la politique irresponsable de la Banque centrale européenne « indépendante » qui a poursuivi une politique monétaire en faveur des intérêts des banques privées. Et par la spéculation sur les dettes des mêmes banques, qui leur ont permis de dégager des profits considérables !

L’injonction permanente de « compétitivité » est quant à elle en grande partie la résultante de la dérégulation des marchés et des contrôles de capitaux : la liberté avec laquelle ceux-ci peuvent investir ou désinvestir une entreprise ou un territoire place l’économie et la société toute entière sous tension ; et les obligent à servir les intérêts des grands détenteurs de capitaux.

L’occasion était pourtant historique, après la crise de 2008, de revenir sur des décennies de dérégulation financière. Au lieu de cela, les dirigeants européens ont mis en place de timides réformes qui, tout au plus, appellent les acteurs financiers à faire preuve de plus de « transparence ». La réforme bancaire française est à tous égards symbolique de ces réformes a minima : alors que le candidat Hollande avait fait campagne en se déclarant « l’adversaire de la finance », il a finalement mis en œuvre une non-réforme bancaire, d’une portée ridiculement faible… y compris de l’avis des banquiers !

Il en va de même pour la taxe sur les transactions financières : une proposition a été formulée en 2012 par la commission européenne. Celle-ci, certes limitée, représenterait une première mesure pour s’attaquer au pouvoir de la finance, en la contraignant à contribuer à payer les dégâts de la crise et en réduisant la spéculation. Et pourtant le gouvernement français, sous la pression de Bercy, a tenté et tente encore d’en diminuer drastiquement la portée afin que les banques françaises ne soient pas importunées par une telle mesure.

La démocratie est-elle devenue un vain mot ? Aux mécanismes institutionnels pour réduire les choix des gouvernements (depuis l’indépendance de la BCE au « semestre européen »), à l’impératif permanent de compétitivité s’ajoute le cynisme de dirigeants élus sur un programme de « changement »… mais qui une fois au pouvoir, ne font que prolonger le programme TINA

Source

Publicités