QUAND LA COMPETITIVITE INTOXIQUE LA SOCIETE

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« Compétitivité », le mot est sur toutes les bouches. C’est le seul horizon proposé par les partis politiques sociaux-démocrates, de droite ou d’extrême-droite pour des « lendemains meilleurs ». Le principe ? Les pays européens étant en concurrence, plongés qu’ils sont dans la compétition mondiale, ils doivent attirer les capitaux et doper leurs entreprises pour garantir un niveau d’emploi élevé.

Ainsi d’une part, puisque les capitaux circulent librement, les gouvernements doivent se plier aux diktats des investisseurs : fiscalité aux petits soins, normes environnementales au rabais, droits sociaux à la baisse, privatisations. De l’autre, ils doivent « doper leurs entreprises » en supprimant les « entraves » au business et à l’export : cela suppose notamment de baisser les salaires, de supprimer certains droits des travailleurs. Les employeurs, eux, bénéficient de faveurs : abattements fiscaux, réductions de cotisations sociales, etc. Des faveurs dont le coût sera financé par l’augmentation des taxes sur la consommation comme la TVA qui touchent plus directement les couches moyennes ou populaires.

De telles mesures se sont multipliées en Europe du Nord comme dans les pays du Sud dont certains sont sous la tutelle économique de la Troïka. En Allemagne, le « modèle » exportateur basé sur la compression des salaires a fait exploser la pauvreté. En Grèce, depuis 4 ans, les revenus se sont effondrés sous les coups des réformes successives (de 35 à 50%). Les conventions collectives qui garantissent les droits des travailleurs ont été tout simplement suspendues en 2011, « compétitivité oblige ». En France l’ANI (accord national interprofessionnel) mis en place en 2013 autorise le chantage à l’emploi (sous la forme d’« accords compétitivité-emploi »).

Les taxes sur la consommation ont significativement augmenté dans tous les pays européens, mais pas les impôts progressifs comme les impôts sur la fortune. En Grèce, la taxe sur les bénéfices est même passée de 25% à 10%. Résultat, la charge fiscale repose à 55,5% par les employés et retraités, seulement à 28% par les entreprises. Compétition oblige, on ne taxe plus le capital, ni les revenus les plus élevés, pour ne pas grever un hypothétique investissement privé ; mais on assiste à un pillage fiscal des classes populaires et moyennes.

Mais la compétitivité n’est pas qu’une affaire fiscale ou sociale. En Grèce et en Roumanie, des mines d’or ont rouvert malgré les conséquences dramatiques pour l’environnement (avec déversement de cyanure en quantité). Partout en Europe, les lobbies de l’industrie extractive se mobilisent pour faire autoriser l’extraction de gaz de schistes malgré les dangers notoires associés à cette pratique (et dont la Pologne, fer de lance de l’exploitation du gaz de schistes en Europe, subit aujourd’hui les conséquences).

Le désir inconséquent d’attirer les grands investisseurs à tout prix conduit les décideurs européens, nationaux et locaux à multiplier les privatisations. Les services publics locaux, comme les régies de l’eau, sont confiés au privé avec pour conséquence des tarifs explosent pour les consommateurs, comme en Grèce. La « séduction » des investisseurs passent aussi par des grands projets inutiles, comme l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ou la ligne de chemin de fer Lyon-Turin. Des projets au plus grand bénéfice du privé, dont l’utilité sociale est négligeable par rapport aux coûts économiques et environnementaux.

L’université et la recherche n’y échappent pas : elles doivent, elles aussi, se soumettre au dogme de la compétitivité. La stratégie « Europe 2020 » adoptée par l’Union européenne stipule que l’université doit permettre de former une main d’œuvre adaptée aux demandes du marché du travail, c’est-à-dire des entreprises. La commission en appelle même à enseigner « l’esprit d’entreprise » dès le plus jeune âge. La recherche doit, elle, se focaliser sur l’« innovation », et donner aux entreprises européennes des avantages compétitifs.

L’accord commercial anti-contrefaçon (mieux connu sous le terme ACTA) s’inscrit dans la même logique : les gouvernements européens s’apprêtaient à ratifier des reculs considérables en termes de respect de la vie privé, des droits des citoyens sur internet, d’accès aux médicaments génériques ou d’utilisation de semences paysannes pour mieux complaire aux désidératas de l’industrie. Le traité a finalement été rejeté suite à une mobilisation citoyenne sans précédent en Europe.

La négociation d’un accord transatlantique entre l’Union européenne et les Etats-Unis, qui a débuté en aout 2013, se situe lui aussi pleinement dans la rhétorique de la compétitivité. Pour l’emploi, donc pour la croissance et la compétitivité de l’industrie européenne, il s’agit de supprimer les « barrières » au commerce et à l’investissement que constituent les normes sanitaires, écologiques, sociales.

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