SURTOUT, NE CHANGEZ RIEN !

elephant

Si on veut que la gauche ne disparaisse pas pour longtemps du paysage, il faut d’urgence un autre rassemblement, sur d’autres bases. Ce n’est plus le Parti socialiste, c’est une tragédie grecque. Comme dans le théâtre antique, nos socialistes semblent entraînés dans une logique qui les dépasse et les détruit. Plus ils s’effondrent dans les sondages, et plus ils persistent. Plus ils sont désavoués par leurs électeurs, et plus ils s’obstinent. Ils ont été plusieurs, dimanche soir, à réaffirmer qu’il n’était « évidemment » pas question de changer de cap. Tout va bien, puisque tout va mal. Au mieux, il est question de remaniement, mais pour quelle politique ? On ne sait pas. Ou plutôt si, on sait : la même. Chef de file de la gauche du PS, Benoît Hamon a bien affirmé que « la protestation avait été entendue », mais pour en tirer quelles conséquences ? La seule perspective, c’est aujourd’hui la poursuite de la politique d’austérité, et cette obsession comptable que le gouvernement partage avec la droite, le Medef et la Commission de Bruxelles.

Sa politique tient en un chiffre : 50 milliards d’économie, qu’il va falloir aller trouver dans les poches des salariés et dans les caisses des services publics. Malheureusement, le destin de François Hollande, de Jean-Marc Ayrault ou de Pierre Moscovici n’est pas le seul enjeu des quelques mois qui sont devant nous. C’est aussi le sort de la gauche qui se joue. Et peut-être pour longtemps. Il n’est même pas exagéré de dire que leur marche tranquille et résolue vers l’abîme fait planer une menace sur la démocratie. Plus de choix, plus d’alternative, une seule politique possible ? Alors, que faire ? On voit bien que, pris au piège, les électeurs se débattent comme ils peuvent. Les uns – toujours plus nombreux – s’abstiennent, tandis que d’autres, encore très minoritaires, se tournent en désespoir de cause vers le Front national. Tous tentent à leur façon d’échapper à ce mouvement de balancier lancinant qu’on appelle alternance. Le cas d’Hénin-Beaumont est à cet égard édifiant. La petite ville du Pas-de-Calais a concentré tous les maux de notre époque : désindustrialisation sauvage, chômage massif, corruption d’une partie des élites. L’humus idéal pour le frontiste Steeve Briois, qui a enlevé la mairie dès le premier tour.

On doit aujourd’hui se poser la question : s’il ne se passe rien, combien d’Hénin-Beaumont demain ? Si M. Hollande continue d’affirmer qu’il a raison contre toute évidence, et si M. Ayrault continue de nous gratifier de beaux discours d’un creux abyssal comme celui de dimanche soir ? S’il ne se passe rien, il n’est pas difficile de deviner le sort qui attend notre société : l’abstention deviendra la norme, les espaces de délibération collective disparaîtront au profit d’instances de gestion, et les rendez-vous électoraux ne seront bientôt plus qu’un rituel confidentiel pour les élites. La régulation sociale s’opérera alors au prix de violences corporatistes, genre bonnets rouges. Émeutes ou jacqueries, c’est selon. Et le pouvoir sera à la merci des aventuriers, plus souvent fascistes qu’autre chose.

Évidemment, tout ce que je décris là n’est pas le résultat de ce premier tour de municipales. Le scrutin de dimanche n’a fait qu’accentuer spectaculairement la tendance. C’est parce que le mouvement est continu depuis maintenant au moins une vingtaine d’années que la situation est alarmante. Si on veut échapper à cette fatalité, si on veut que la gauche ne disparaisse pas pour longtemps du paysage politique, il faut d’urgence un autre rassemblement, sur d’autres bases. En évitant le piège électoral qui nous est tendu par un Parti socialiste qui, décidément, ne nous épargnera rien, jusqu’à cette invitation au « front républicain ». Formidable cadeau offert à Marine Le Pen ! Car se désister en faveur de l’UMP de M. Copé, ce serait apporter la preuve de cette consanguinité dévastatrice pour la démocratie.

Source

Publicités