LE TRAVAIL A-T-IL TOUJOURS LA COTE ?

travail cote

En 1995, les idées de Jeremy Rifkin secouaient le monde capitaliste : il n’annonçait rien de moins que « la fin du travail ». « Jamais l’économie occidentale ne créera suffisamment d’emplois pour équilibrer les réductions d’effectifs entraînées par la révolution des technologies de l’information et de l’automation », écrivait l’économiste américain. Vingt ans plus tard, que dire de sa prophétie ? En France, si personne n’ose envisager la disparition du travail, nul ne nie en revanche que l’emploi se porte mal : il se raréfie, se précarise, se détériore, et la réduction du temps de travail et la croissance ne résorbent pas le chômage. Mais assiste-t-on pour autant à la dévalorisation du travail aujourd’hui ? Est-il en est train de perdre de l’importance dans la société au profit d’autres valeurs ? Ou, au contraire, se renforce-t-il en ces périodes difficiles ?

.

Surfant sur la vague du déclin, certains penseurs comme Dominique Méda ont introduit, il y a quelques années, l’idée que l’importance du travail dans la société était surestimée. Dans ses ouvrages, la philosophe montrait d’abord que l’« invention du travail » comme facteur de production de richesse était très récente et s’était déroulée en trois étapes. Ce n’est qu’à la fin du XVIIIe siècle, au début de la révolution industrielle, qu’il devient une valeur, soit une orientation profonde qui influence les individus et les sociétés. Le monde prend alors conscience de son extraordinaire puissance productive pour atteindre l’abondance. Néanmoins, il reste pour l’homme synonyme de peine et de sacrifice.

.

Au XIXe siècle, changement total de cap. Avec les travaux de Marx et Hegel, le travail, en tant que liberté créatrice, devient l’essence même de l’homme. Il lui permet de lutter contre la nature et de transformer le monde à son image. Enfin, au début du XXe siècle, le travail active les leviers d’un système de redistribution des revenus, des protections et des droits (chômage, retraite, sécurité sociale…). Bref, tout au long du siècle dernier, l’idée s’est forgée que le travail bien plus que toute autre valeur permettait à l’homme de développer ses rapports sociaux et d’exister. C’est cette hégémonie de la valeur travail, curieusement héritée du marxisme, que certains penseurs veulent remettre en question. « Si nous sommes dans une société où il est absolument essentiel de disposer d’un emploi pour vivre normalement, dit justement Dominique Méda, on ne peut pas conclure que le travail est le seul moyen de l’épanouissement individuel et le fondement du lien social. » Pour la philosophe, le vrai lien social semble d’abord être de nature politique et se fonde sur des droits, des devoirs et une appartenance à une société-nation, mais aussi sur des activités amicales, familiales, amoureuses et culturelles.

.

Jean Viard, politologue au Centre d’étude de la vie politique française, pousse l’idée encore plus loin. Il considère en effet que le travail n’est plus le grand organisateur social des existences comme autrefois. « Avec la réduction du temps du travail et l’allongement de la durée de vie, le travail n’est plus dominant en termes d’occupation du temps. Aujourd’hui, la société des temps libres prend son autonomie et s’organise – à côté du travail – autour des loisirs, de la politique et de la famille », annonce-t-il. Ces temps hors travail, qui étaient perçus hier comme nécessaires à la reconstitution des forces de travail, sont donc aujourd’hui dotés de valeurs propres. « Jusque dans les années soixante, raconte-t-il, le travail structurait la vie des gens : ils travaillaient en couple ou la femme ne travaillait pas, habitaient près de leur emploi, faisaient le même métier de génération en génération. Aujourd’hui les couples ont des métiers différents, sont mobiles et ont plusieurs activités dans la même journée : les liens sociaux se privatisent, se construisent autour de l’individu et hors du travail. » La valeur « travail » s’en trouve-t-elle amenuisée ? « Non. Elle est certes moins prenante, mais le travail s’en trouve paradoxalement renforcé, car il n’est plus subi comme autrefois, conclut-il. Comme le reste, il devient un projet de vie. »

.

Qu’en pensent les principaux intéressés ? Le travail est-il toujours la valeur centrale des individus ?

.

Source

.

Voir :  CHANTAGE A L’EMPLOI

Une réflexion sur “LE TRAVAIL A-T-IL TOUJOURS LA COTE ?

  1. A la dernière question, ma réponse est non ! Et le travail n’a jamais été ma préoccupation principale dans la vie partant du principe que l’homme, au cours de son évolution et son histoire, est passé d’un maximum obligatoire jusqu’aux façons de travailler actuelle où la machine travaille pour les hommes.

    Actuellement, le problème majeur est que l’homme ne travaille pas pour lui même mais pour une petite partie de l’humanité : les patrons capitalistes ! Mais ceci est une autre histoire…

    En attendant mieux, il est bon que la société humaine se dirige vers une disparition du « travail » institutionnel pour le remplacer par un travail de plaisir : Jardinage (y compris pour se nourrir avec des produits de qualité), éducation de ses enfants (pas au sens scolaire, bien sûr) et apprentissages individuels nouveaux dans de nombreux domaines, découverte du monde et son partage avec d’autres, gouvernance politique non-professionnelle de la « Cité », bref, tout ce qui n’est pas « utile et nécessaire » au sens capitaliste du terme et qui peut profiter au plus grand nombre.

    Irons nous vers ce genre d’évolution ?

Les commentaires sont fermés.