A PROPOS DE L’EVASION FISCALE …entre shampoing et dentifrice

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«Les impôts sont le prix à payer pour une société civilisée», déclarait, en 1937, Henry Morgenthau, ministre des Finances de Theodore Roosevelt. Et il y a fort à parier que les dirigeants de Palmolive, une société du Missouri, et ceux de Colgate, qui produisait alors des chandelles, ont applaudi des deux mains cette forte phrase, en se demandant tout de même comment adoucir le prix à payer. Soixante-huit ans plus tard, la SARL Colgate-Palmolive Europe a réglé la question.

Avant 2005, le siège social de l’entreprise était en France, parfaitement identifié, comme ses sites de production – notamment celui de Compiègne, le plus important –, regroupés autour d’une société qui s’acquittait normalement de ses impôts et taxes. En 2005, la multinationale procède à une restructuration complète, baptisée «Optima», comme on sort un joker de sa manche. Le siège social s’installe en Suisse, et les usines françaises deviennent prestataires de services. L’intérêt? En France donc, le géant de la pâte dentifrice était imposé à 33% sur ses bénéfices, qui se chiffrent en centaines de millions de dollars. Le fait d’expatrier son siège au pays béni du 6% de taxes change la donne. Voici l’histoire d’un flacon de shampoing.

Avant, l’usine de Compiègne achetait les ingrédients pour fabriquer le flacon. Le produit sortait ensuite de la chaîne, pour être distribué dans les magasins. Et Bercy percevait sa dîme. Aujourd’hui, c’est le siège suisse de Colgate qui commande les matières premières et les confie à l’usine de Compiègne. Une fois fabriqué, le flacon est récupéré par Genève, qui l’écoule dans les points de vente habituels. Evidemment, ni la matière brute ni le flacon ne voyagent entre la France et la Suisse. Ces mouvements n’existent que sur le papier. Le même consommateur achète le même shampoing dans la même supérette, mais le tour de passe-passe fait que l’essentiel des marges réalisées par la multinationale file désormais en Suisse. Le triple effet Colgate? Fin de l’impôt sur les bénéfices en France. Fin de l’intéressement versé aux salariés de Compiègne. Et davantage d’impôt pour ce même salarié, puisqu’il paie, en bon contribuable, pour les routes que Colgate utilise désormais gratuitement.

De Gillette à Ralph Lauren en passant par UBS, des centaines d’entreprises ont choisi cette stratégie industrielle et financière, tandis que d’autres, comme Google ou Amazon UK, préfèrent l’opacité du paradis fiscal ou la résidence fictive. Aux îles Caïmans, voici un immeuble désert de quatre étages qui regroupe les sièges sociaux de 18’000 entreprises. Dans l’Etat américain du Delaware, petite Suisse yankee, ce bâtiment de briques abrite 285’000 sociétés aux dirigeants parfaitement anonymes. Selon certains économistes, de 10 à 15% de la richesse mondiale sont ainsi dissimulés dans les « Royaux Offshore ». Entre 21’000 et 31’000 milliards de dollars. En fait, les deux tiers de la dette mondiale seraient secrètement détenus par 0,1% des individus composant la «société civilisée»

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