L’AVIDITE AU POUVOIR … les révolutions industrielles

aviditéDaniel Tanuro, un ingénieur agronome belge, a résumé en quelques pages le mécanisme dramatique qui a conduit, en moins de 2 siècles notre société dans l’impasse actuelle…édifiant. Il évoque ce qu’il appelle « la montée du capitalisme machiniste  » qui s’est emparé, en 2 petits siècles des 2 seules sources de richesse : la terre et le travailleur, ce qu’évoquaient Dickens et Zola. Ce fut la « Premiére révolution industrielle », avec les conséquences que l’on sait : destruction des paysages dans les régions minières, pollution des eaux, des sols, de l’atmosphère, acidification des écosystèmes, transformations des villes en cloaques insalubres, à l’exemple de Londres ou de Manchester qui au XIX siècle étaient presque aussi sombres de jour que la nuit, ainsi que l’avait décrit Alexis de Tocqueville dans son voyage en Angleterre.

Ont suivi la séparation de l’agriculture et de l’élevage, puis l’hyper spécialisation, entrainant la standardisation avec comme conséquence la raréfaction des races animales et des semences locales. Mais l’avidité du marché s’est aussi portée en direction des pays colonisés : le système qui avait fait la fortune des planteurs de canne à sucre s’est étendu à l’hévéa, au coton, au café, au thé…au détriment des cultures traditionnelles des populations locales. L’apparition de la tronçonneuse et du timberjack (cric forestier)  ont permis de répondre à la demande des papetiers et des fabricants de meubles à obsolescence rapide, mais aussi, plus tard, aux producteurs de sojà transgénique, et d’agro carburants.

Justus von Liebig, le fondateur de la chimie des sols, avait déjà mis en évidence dès le XIX siècle la dégradation des sols due à la rupture des nutriments. Abandonner le principe de l’épandage dans le sol, au profit des égouts, des stations d’épurations, et de l’incinération des déchets, ont privé le sol de nutriments essentiels, provocant l’appauvrissement de la terre, et l’obligation de passer par l’amendement chimique, pour le plus grand bonheur des lobbys de la chimie agricole. L’agriculture capitaliste se mit alors à répandre des engrais chimiques à base de nitrates, et ceux-ci allaient durablement altérer la qualité de l’eau, puisque finalement, ils rejoignaient sources, rivières et fleuves, provocant la prolifération des algues et le déclin de la vie aquatique par manque d’oxygène. D’autre part ces nitrates se sont retrouvés dans notre eau de consommation, amenant des problèmes sanitaires, puisque ces nitrates se transforment en nitrites dans nos estomacs, au contact des sucs digestifs, empêchant notre sang de se régénérer.

Ces machines que nous avons voulu, depuis quasi la nuit des temps, pour nous épargner la souffrance au travail, nous ont paradoxalement posé plus de problèmes qu’elles n’en ont résolu, car pour qu’elles soient tout bénéfice pour les travailleurs, il aurait fallu que le patronat continue de répartir la richesse produite, y compris avec le travailleur remplacé….Du coup ce dernier privé de revenus a perdu son pouvoir d’achat, et la production de la machine s’écoule moins bien, plongeant l’entreprise dans un dilemme cruel : comment continuer à produire si le consommateur ne peut plus acheter ? La dernière solution pratiquée est la délocalisation, mais on en connait les limites.

Les premières machines à vapeur étaient énergétiquement peu efficaces, mais vers 1800, leur puissance équivalait déjà à 200 travailleurs, et un siècle plus tard, elle était multipliée par 30, capables donc d’en remplacer 6000. Pour John Robert McNeil, c’est l’ingéniosité humaine qui a permis ces nouvelles technologies, et des systèmes d’organisation plus performants, mais il passe sous silence le fait que ça contraint le propriétaire de capitaux de chercher toujours plus à favoriser le remplacement des travailleurs par les machines, sauf que les machines étaient de grosses consommatrices d’énergie, et que celle-ci n’est pas inépuisable. Bien sur, dès la seconde moitié du XIX siècle, les chercheurs proposèrent d’utiliser les énergies renouvelables, tout en tentant de pouvoir stocker l’énergie produite, mais à l’époque le lobby charbonnier fit échouer cette alternative. Vint l’apparition du moteur à explosion, puisque 1 tonne de pétrole génère 2 fois plus d’énergie que son équivalent charbon. Ce fut la  « Deuxiéme révolution industrielle ».

S’il est vrai que le développement de l’énergie pétrolière a été moins destructif que celle générée par le charbon, permettant d’améliorer apparemment la qualité de l’air dans les métropoles, on sait aujourd’hui que le gasoil pose des problèmes importants pour nos santés par les particules dégagées cancérogènes. Mais les problèmes générés par le pétrole se sont multipliés : l’industrie à mis sur le marché toute une série de produits de synthèse qui ont remplacé les produits naturels, provoquant l’empoisonnement chimique de la planète. Aujourd’hui on sait que la pétrochimie a produit en quelques années plus de 100 000 molécules qui n’existaient pas naturellement, un grand nombre d’entre elles étant très toxiques pour l’environnement et pour les humains, et ne pourront pas, ou très difficilement être décomposées par les agents naturels.

Quid des tensio-actifs, et autres agents de blanchiment de nos lessives, dont la destruction est quasi impossible, qui ont rendu bien malade la Grande Bleue ? Aux pesticides et engrais chimiques s’est ajouté le sur-labourage de trop grande profondeur, et l’arrachage des haies, provocant la disparition des oiseaux, la multiplication des insectes, et la perte de 80% de l’humus des plaines cultivées. Les immenses champs du Middle West subirent dans les années 30 une énorme érosion, provocant la ruine de 3 millions de fermiers, leur terres étant asphyxiées par le « Dust Bowl  », que John Steinbeck avait si bien raconté. L’agriculture intensive provoquant le lessivage des sols, les pulvérisations de pesticides, ont fini par produire des fruits et des légumes potentiellement dangereux pour nos santés.

 Puis, les années 50 se profilant à l’horizon, vint l’énergie nucléaire, qui avait à ses débuts une vocation uniquement militaire, sauf qu’il fallait tenter de la rentabiliser en proposant au peuple de l’utiliser comme source d’énergie…Oubliant les problèmes que poseraient un jour ou l’autre le traitement compliqué des déchets radioactifs, et celui du démantèlement des centrales nucléaires, cette énergie connut le développement que l’on sait. Les lobbys nucléaires mirent en avant que cette énergie était moins problématique au niveau du changement climatique, faisant l’impasse sur l’éventuel risque d’accident majeur, dont on connait aujourd’hui les conséquences. S’est ajouté à ça le « trou dans la couche d’ozone stratosphérique », cette couche qui nous offrait une protection contre le rayonnement radioactif du soleil.

Le pétrole et le charbon ayant continué leur travail dévastateur, glaciers et banquises se sont mis à fondre, libérant des millions de mètres cubes de méthane fossile piégés dans le pergélisol, lequel est 23 fois plus problématique comme gaz à effet de serre, accélérant le processus de changement climatique. L’énorme quantité d’eau douce se mêlant aux eaux des océans a modifié la trajectoire du Gulf Stream, lequel n’apporte plus sa douceur aux côtes qu’il longeait. Ce changement climatique passe donc du réchauffement au refroidissement. L’appauvrissement des ressources aquatiques, due à la surpêche, à la pollution, vit naitre des fermes à poisson, mais la promiscuité des animaux dans ces élevages devait vite provoquer des maladies, nécessitant une fois de plus pesticides, antibiotiques, et autres produits chimiques. Il en va de même pour l’élevage industriel intensif, ou la concentration des animaux pose les mêmes problèmes sanitaires et moraux. Alors aujourd’hui, à l’instar de Jeremy Rifkin, et de quelques autres, une « Troisiéme révolution » industrielle est en route, mais n’est-ce pas un peu tard ? Et surtout, que nous réserve-t-elle ?

Source

« si vous m’empêchez de rêver, je vous empêcherais de dormir  »…un vieil ami africain

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