PISA : POSONS-NOUS LES BONNES QUESTIONS

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Le rapport PISA fait couler beaucoup d’encre en France, alors que les USA ont de très mauvais résultats et personne n’en parle. Pour certains irréductibles, encore une fois c’est la faute aux étrangers. Alors il est bon de rappeler que la France a, grosso-modo, 8 % d’étrangers, dont une majorité est née en France, alors que la Suisse avec plus  de 20 % d’étrangers, a obtenu le 9ème rang mondial, et le 3ème en math !   D’ailleurs vous avez peut-être remarqué que les Maghrébins du Maghreb, notamment Tunisiens, parlent mieux le français que nos petits beurs locaux.  Que de nombreux  intellectuels arabophones s’expriment dans un excellent français, et que nombres d’Africains Sub-sahariens  semblent avoir nettement plus de vocabulaire que le fils d’immigrés de nos banlieues. Cela démontre clairement que l’immigration ne joue pas le rôle le plus important dans cette histoire, mais que nous devrions plutôt nous interroger sur les changements survenus ces dernières décennies dans notre système éducatif. En fait,  c’est le primaire qui est la clef de tout. Lire, écrire, compter, mais il faut donner les moyens aux professeurs des écoles de faire leur travail correctement, notamment en limitant les classes à vingt élèves maximum. A la place on a supprimé les postes d’instit spécialisés pour les enfants en difficulté ! Économie, économie…  C’est l’avenir de nos chers enfants qui est en jeu et nous devrions tous être dans la rue pour le revendiquer…mais cela est une autre histoire ! Plutôt que de vouloir dégraisser le mammouth, on devrait le « bichonner » comme quelque chose de précieux.

En dehors des chiffres ce qui est marquant, c’est l’aggravation des inégalités, garantie maintenant par l’école républicaine. Depuis les années 70, les gouvernements ont mis en œuvre le saccage de l’Éducation Nationale à la Française, qui était un des meilleurs modèles au monde : par exemple la maternelle avec des enseignants de qualité n’existait dans aucun pays ; on voit aujourd’hui ce qu’ils en font, avec des personnels sous payés, les instits sont encore là mais plus pour longtemps ! Comme disait Sarkozy l’inculte total, pourquoi des maitres avec bac+ 5 pour changer les couches des jeunes enfants ! Les études effectuées en psychologie et en sociologie sur les jeunes cervelles lui étaient passées par dessus la sienne ! Un peu comme l’étude de la princesse de Clèves ! Pourquoi depuis 1970 ? Parce que 1968 ! Ils avaient en face des cervelles tout de même bien pleines qui fricotaient avec les ouvriers et ils ont eu peur que ça marche ! Le PC d’ailleurs aussi, souvenons-nous.  L’enseignement, c’est la transmission de l’esprit critique avec les savoirs. Les patrons et leurs valets le savent, qui mettent leurs enfants dans des écoles privées dans lesquelles on pratique justement ces méthodes.

Notre système a du plomb dans l’aile depuis que la mixité sociale est aux  abonnés absent et que la libéralisation de la carte scolaire a contribué à regrouper les bons élèves aux meilleurs endroits. Les nouveaux professeurs, quant à eux, sont souvent nommés dans des établissements regroupant les élèves des milieux défavorisés. Les difficultés scolaires se retrouvent ainsi de fait dans les difficultés sociales. Ajoutez à cela un manque de repères accompagné par des écrans qui ont remplacé la parole de l’adulte, et les règles de base de la vie en société comme la politesse ou le respect de l’autre, notamment vis à vis des enseignants. Mais la encore c’est un débat qui va bien au-delà du système éducatif et qui englobe aussi bien la cellule familiale que la structure sociale de notre modèle de société dans son ensemble.

Quand aux mauvais résultats de la France en mathématiques, rappelons que la France  reste un pays d’excellence en matière de mathématiques, parfois très pointues. Car comment expliquer  le fait que la France est premier avec les USA en nombre de médailles Fields (équivalent du prix Nobel en mathématiques), devant l’URSS, la GB, et bien sûr, tous les autres. Il faut dire au passage  que le Medef se moque comme d’une guigne des mathématiques fondamentales, tout ce qui n’est pas source de retombées immédiate dans les poches des actionnaires ne l’intéresse pas.

Précisons aussi que PISA émane de l’OCDE, cela  devrait suffire à modérer nos commentaires. Le fait même de  comparer des systèmes éducatifs nationaux différents, tant géographiquement, historiquement que culturellement, paraît douteux sur le plan scientifique, et le manque de rigueur des méthodes d’enquête de PISA est patent. Les résultats de PISA sont repris à des fins de propagande : on a vanté la Finlande pour tenter d’imposer aux enseignants de France la casse des statuts de fonctionnaire, et la mise en cause de la transmission des connaissances. Il fallait, depuis dix ans, s’appuyer sur le « modèle finlandais »… qui aujourd’hui s’effondre ! Depuis trente ans, au prix de pirouettes politiciennes, on a nié que le niveau baissait. Le bac lui-même est obtenu par plus 80% d’une classe d’âge au prix d’une grande dévaluation des compétences exigées. A l’accusation de baisse de niveau, on rétorquait que les élèves ne savaient certes plus écrire, mais qu’ils savaient cliquer plus vite que les adultes… Et quelle dextérité pour envoyer un texto de son téléphone (en dehors ou… pendant la classe) : à deux mains !

Le déni n’est plus possible. PISA, cette vaste entreprise de propagande en vue de la privatisation de tous les systèmes éducatifs, aura au moins servi à cela : faire comprendre à tous qu’il est devenu presque impossible d’enseigner aux étudiants, et très difficile d’apprendre aux élèves qui souhaitent s’instruire. Faire comprendre qu’une société qui passe son temps à dénigrer ses enseignants, qui les rémunère aussi peu, une société où une large partie de la jeunesse n’étudie que pour tromper l’attente face à l’angoisse du chômage et de la précarité, est une société bien engagée sur la route du déclin culturel. Des illettrés par millions, qui pourraient se révéler utiles quand la bourgeoisie aura besoin d’une milice dans la guerre civile provoquée pour tenter de sauver cet ordre social, ce mode de production capitaliste… en état de décomposition avancée.

Par Alex C.

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