PRECAIRES DE LA RECHERCHE

Mais pourquoi fait-on reposer la recherche française sur des personnels maintenus injustement dans la précarité ?

Petite explication :

Quasi-absents du fonctionnement de la recherche pendant des décennies, les précaires sont apparus dans les labos en même temps que le nouveau millénaire. Le nombre de ces précaires a explosé avec l’individualisation de la Recherche au moment de la Loi Pacte pour la Recherche (2006). Cette loi a en effet instauré l’Agence Nationale de la Recherche, ou ANR, comme instance de financement de la recherche. Le financement de la recherche a alors cessé d’être collectif pour devenir individuel : le chercheur statutaire doit dorénavant périodiquement rédiger des projets répondant à des appels d’offre provenant de l’ANR. Quand le projet est accepté, le chercheur reçoit des financements à partir desquels il est à même de payer du matériel et du personnel (techniciens et post-doctorants) pour que son projet soit mis en œuvre. Ce besoin de personnels pour une durée limitée a logiquement amené à une explosion des contrats à durée déterminée. En parallèle, les gouvernements successifs ont poursuivi une politique de non-remplacement d’une partie des statutaires partant à la retraite et de non-remplacement total des statutaires partant pour d’autres raisons. Beaucoup de postulants pour peu de postes : le cocktail est explosif. Les concours de titularisation sont devenus de plus en plus durs à obtenir, l’âge de recrutement a ainsi fortement reculé ces dernières années

 La Loi Française interdit – à juste titre – aux personnels de cumuler plus de 6 ans de CDD dans la fonction publique. Arrivé à 6 ans de CDD, les instituts ont obligation de CDIser les personnels. Ceux-ci n’ayant aucune envie de CDIser des personnels jetables à volonté, ils se sont contentés de ne pas renouveler des contrats de personnels arrivant presque au bout des 6 ans, les contraignant à l’exil ou au chômage. Or, la précarisation et la diminution du nombre de postes ont rendu quasiment impossible pour de nombreux personnels d’avoir l’expérience nécessaire pour passer les concours de titularisation en 6 ans de CDD en France, même avec 3 ans en plus de travail à l’étranger. A l’été 2012, les premiers Collectifs de Précaires se sont montés dans l’urgence, pour lutter contre l’explosion du chômage parmi les jeunes scientifiques, chômage directement dû à une volonté ministérielle de dépenser toujours moins d’argent. Aujourd’hui, de nombreux Collectifs existent dans de nombreuses villes de France : Montpellier, Toulouse, Bordeaux, Nice, Versailles, Paris, et bien d’autres.

Alors, face à ce constat, que disons-nous ?

Nous, Précaires de la Recherche, dénonçons la politique avare des gouvernements libéraux de ces dernières années qui promeuvent une Recherche Publique low-cost. La Recherche Publique est un investissement sur l’avenir, qui mérite d’être payé au prix fort, qui mérite d’être fait par du personnel qualifié, et non pas sur son dos.

Nous, Précaires de la Recherche, accusons les instituts de recherche, les laboratoires, ainsi que de nombreux chercheurs statutaires de cécité volontaire. Tous savent parfaitement qu’ils font entrer dans le cursus académique pour servir de main-d’œuvre peu onéreuse de nombreux personnels précaires sans leur offrir de perspectives d’avenir dans le secteur.

Nous, Précaires de la Recherche, affirmons que cette transformation progressive du système de recherche français est indigne de la République, indigne d’une démocratie, et nous continuerons à lutter pour faire entendre notre voix face à la surdité volontaire des « responsables » politiques. Les Collectifs des Précaires de la Recherche sont des groupes auto-organisés de personnels, apolitiques et non syndicaux, qui s’élèvent contre la précarisation massive des personnels de recherche

Source

« On fait la charité parce que l’on n’a pas su imposer la justice »…V.HUGO

Publicités