VOTEZ CE NEST PAS ABDIQUER

Voter, ce n’est pas abdiquer ; ce n’est pas nommer un maitre pour une période courte ou longue, ce n’est pas renoncer à sa propre souveraineté. Celui que vous nommez sera simplement votre mandataire, le candidat que vous élirez ne sera pas votre supérieur. Vous ne devez pas nommer des hommes qui sont au-dessus des lois, mais des hommes qui doivent être révocables s’ils ne respectent pas le mandat pour lequel vous les avez élus.

Voter, ce n’est pas  être dupe ; c’est savoir que les hommes élus sont tout comme vous des hommes qui ne peuvent  tout savoir et  tout comprendre. C’est pourquoi en raison même de l’immensité de la tâche, il ne faut pas que le peuple s’en retourne à ses occupations le lendemain des élections. L’histoire nous enseigne que le pouvoir a toujours corrompu, « le parlotage » a toujours abêti, et que si on n’y prend garde, la médiocrité prévaut fatalement. Le peuple doit en être le garde fou.

Le véritable combat commence le lendemain de l’élection quel qu’en soit le résultat. Et souvenez-vous, ce qui fait les bonnes réformes c’est quand la classe populaire montre les dents, et les grandes avancées sociales, notamment en 36, ont été arrachées par la lutte, et non par la volonté d’un gouvernement, fût-il de gauche.

Si vous pensez que «voter ne sert à rien» ou que vous pensez qu’ils sont «tous pareils, tous pourris»,  ne vous en faites pas, ceux qui contrôlent la société n’oublient jamais d’aller voter. Et même s’ils sont élus avec seulement peu de voix ils s’en moquent, car ensuite ils gouvernent et mettent en place des politiques pour défendre leurs intérêts. Et vous retournerez travailler pour eux.

Voter ce n’est pas trahir ses idéaux. Pour cela, il faut que la politique ne soit pas un métier, il faut que la rémunération d’un président soit celle du salaire moyen des français  et que son mandat soit limité dans le temps, pour qu’il ne rêve pas d’une trop longue carrière. Aujourd’hui, le candidat voit les comptes de la nation, et  demain, c’est à vous qu’il devra des comptes. Il doit donner des ordres aux actionnaires et aux rentiers. L’ouvrier doit être son modèle, et il doit mépriser la faveur des patrons. Le fougueux  banquier doit apprendre à courber l’échine lorsque le président élu par le peuple le convoque à son bureau. Il doit purifier l’atmosphère de ces corps législatifs où l’air est malsain à respirer, la politique ne doit pas se faire dans des antichambres et il doit consulter le peuple plutôt que les  mandataires d’un milieu où la consanguinité avec le monde des affaires est omniprésente.

Votez n’est qu’une étape, car dés le lendemain c’est dans la rue que vous devez être, pour dire que vous n’êtes pas dupe si c’est le candidat de la bourgeoisie qui l’a emporté, ou pour rappeler à votre candidat élu ses promesses et lui montrer que vous serez vigilant. Le pouvoir est l’affaire de tous et non d’un seul homme ! Voter, n’est pas la fin, mais le commencement !

N’abdiquez donc pas, votez, mais sans remettre vos destinées à des hommes qui échappent à tout contrôle et à des traîtres futurs. Une fois  l’élection passée, il vous faut contrôler votre destinée, et pour cela la première chose que doit faire votre candidat, c’est de changer les lois et la constitution, afin qu’un vrai contrôle sur l’assemblée et l’Elysée soit les garants de votre liberté ! Les occasions ne manquent pas aux hommes de bon vouloir. Rejeter sur les autres la responsabilité de sa conduite, se laver les mains des élections c’est manquer de vaillance.

Je vous salue de tout cœur, camarades.

Ecrit par Matignon RECLUS en écho à un texte que mon aïeul Elisée RECLUS avait écrit le 26 septembre 1885 dans une lettre adressée à Jean GRAVE

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7 réflexions sur “VOTEZ CE NEST PAS ABDIQUER

  1. bonjour,apres une longue réflexion pour la pemiere fois de ma vie je n’irais pas voté au 2 ieme tour.
    merci a Etienne Chouard « la cause des causes », nous sommes pas mal de citoyen a attendre une vrai democratie.

    vive la france

    • « merci a Etienne Chouard « la cause des causes » »
      C’est un grand Monsieur, on parlera de lui longtemps, j’en doute pas.
      Cela dit, toutes les graines qu’il sème (pour reprendre son expression) ne sont que des graines qui finissent par ne plus aller voter (elles ne votaient peut-être déjà pas beaucoup avant, mais bon).
      Je comprends son combat, et encore mieux son discours… Mais je reproche une chose à Etienne (et je lui répète souvent, tant que je peux) : à encourager le rejet de tous les partis (et du système électoral dans son ensemble) il finit par être lui-même un militant partisan, et pas des moindres.
      Fans du Père Chouard, ne vous laissez pas enfermer dans le laxisme politique, car ce n’est pas en discutant qu’on changera de politique, ni en criant dans la rue, ou en débattant sur le blog du PlanC. Non, pour changer la politique, il faudra passer par les urnes, car nous ne sommes pas au Mali, ni en Islande 😉
      Ce que je dis à Etienne, c’est qu’à faire ce qu’il fait il devient lui-même un partisan, militant du « parti anti-partis » (et il commence à regrouper du monde derrière lui le bougre).
      Certes, l’oligarchie nous manipule en finançant les campagnes électorale (surtout via les médias), et l’élection depuis 200 ans… mais c’est aussi une arme qui peut se retourner contre eux, pour peu que le Peuple d’en bas prenne conscience de cette arme. La démocratie athénienne est un modèle séduisant, mais qu’on se le dise : il n’est pas applicable tout de suite, dans notre société actuelle. Il faudra nombre de réformes avant cela, à commencer par une éducation populaire et politique (afin de désencrasser les cerveaux et les livres d’histoire). Pour que chaque citoyen, ou une bonne partie, s’empare de la politique en démocratie directe, il faut du temps libre, beaucoup de temps libre, chose que le capitalisme n’offre pas (le temps libre, c’est de l’argent de perdu pour eux).
      Même si j’adhère aux réflexions de Chouard (entre autres) je pense plus que nécessaire d’aller voter (tant que c’est pas pour l’UMPS ou le FN, c’est pas pire)… Aux urnes citoyens, car les temps ont changé et si on veut qu’ils changent encore, c’est avec les armes de notre époque qu’il faut lutter : le partage du savoir, de la culture, les échanges d’idées, la solidarité, toussa toussa… et le concrétiser en élisant un humble représentant qui nous permettra de changer les choses, enfin 🙂

      La « cause des causes » c’est bien évidemment « la loi des lois », cette fichue Constitution. Mais seul le président peut nous la remettre, et on ne changera les choses qu’en élisant un candidat qui ose remettre ce texte en jeu (les manifs, Etienne le sait très bien : ça brasse du vent, on gesticule dans le vide… et eux rigolent en se goinfrant toujours plus). Il faut se rendre à l’évidence, on ne réécrira pas la Constitution dans la rue, et ce n’est pas en France qu’on renversera un pouvoir en criant, même à beaucoup. Pour récupérer cette Constitution, il faut élire une constituante (qui même si elle n’est pas tirée au sort, proposera forcément mieux que ce qu’on a là, surtout si ça doit passer par une adoption par référendum) 😉

  2. je resterai , quand a moi, plus proche du texte de votre aïeul et continuerai a ne voter que lorce que ma voix sera directement prise en compte ( referendum) , sans prendre le risque de donner un mandat a un homme, et a me battre pour que soit mis en place un système ou les mandats donnés a des élus soient univoques et révocables .

    Amitiés

    PS le texte d’Élisée Reclus

    Compagnons,

    Vous demandez à un homme de bonne volonté, qui n’est ni votant ni candidat, de vous exposer quelles sont ses idées sur l’exercice du droit de suffrage.

    Le délai que vous m’accordez est bien court, mais ayant, au sujet du vote électoral, des convictions bien nettes, ce que j’ai à vous dire peut se formuler en quelques mots.

    Voter, c’est abdiquer ; nommer un ou plusieurs maîtres pour une période courte ou longue, c’est renoncer à sa propre souveraineté. Qu’il devienne monarque absolu, prince constitutionnel ou simplement mandataire muni d’une petite part de royauté, le candidat que vous portez au trône ou au fauteuil sera votre supérieur. Vous nommez des hommes qui sont au-dessus des lois, puisqu’ils se chargent de les rédiger et que leur mission est de vous faire obéir.

    Voter, c’est être dupe ; c’est croire que des hommes comme vous acquerront soudain, au tintement d’une sonnette, la vertu de tout savoir et de tout comprendre. Vos mandataires ayant à légiférer sur toutes choses, des allumettes aux vaisseaux de guerre, de l’échenillage des arbres à l’extermination des peuplades rouges ou noires, il vous semble que leur intelligence grandisse en raison même de l’immensité de la tâche. L’histoire vous enseigne que le contraire a lieu. Le pouvoir a toujours affolé, le parlotage a toujours abêti. Dans les assemblées souveraines, la médiocrité prévaut fatalement.

    Voter c’est évoquer la trahison. Sans doute, les votants croient à l’honnêteté de ceux auxquels ils accordent leurs suffrages – et peut-être ont-il raison le premier jour, quand les candidats sont encore dans la ferveur du premier amour. Mais chaque jour a son lendemain. Dès que le milieu change, l’homme change avec lui. Aujourd’hui, le candidat s’incline devant vous, et peut-être trop bas ; demain, il se redressera et peut-être trop haut. Il mendiait les votes, il vous donnera des ordres. L’ouvrier, devenu contremaître, peut-il rester ce qu’il était avant d’avoir obtenu la faveur du patron ? Le fougueux démocrate n’apprend-il pas à courber l’échine quand le banquier daigne l’inviter à son bureau, quand les valets des rois lui font l’honneur de l’entretenir dans les antichambres ? L’atmosphère de ces corps législatifs est malsain à respirer, vous envoyez vos mandataires dans un milieu de corruption ; ne vous étonnez pas s’ils en sortent corrompus.

    N’abdiquez donc pas, ne remettez donc pas vos destinées à des hommes forcément incapables et à des traîtres futurs. Ne votez pas ! Au lieu de confier vos intérêts à d’autres, défendez-les vous-mêmes ; au lieu de prendre des avocats pour proposer un mode d’action futur, agissez ! Les occasions ne manquent pas aux hommes de bon vouloir. Rejeter sur les autres la responsabilité de sa conduite, c’est manquer de vaillance.

    Je vous salue de tout cœur, compagnons.

    Élisée Reclus

  3. voter pour un candidat et ensuite protester dans la rue pour dire qu’on est pas dupe…je trouve cette démarche contradictoire et digne de nos syndicats inutiles car voter c’est légitimer le système !

    Sachez que ceux qui controlent la société n’ont pas besoin de votre voix pour rester au pouvoir. Est bien crédule celui qui pense que les politiques sont au dessus des financiers . Comme le disait si bien Napoleon: « la main qui donne est toujours au dessus de celle qui recoit ».

    Voter pour des hommes qui n’ont cessé de trahir le peuple francais depuis plus de 30 ans c’est du masochisme :
    privatisation de l electricité, l’eau, le gaz, les transports, baisse des salaires, diminution des retraites, délocalisation , hausse de la dette , mesure d’austérité etc …
    Inutile de pointer du doigt la droite ou la gauche car TOUS; de l’extreme droite à l’extreme gauche sont responsable car ils ont tous ratifié les traités européens qui nous appauvri.

    Comme le disait si bien un humoriste : « Si les élections pouvaient changer quoique ce soit,
    il y a longtemps qu’elles auraient été supprimées. »
    Coluche

  4. Toujours garder à l’esprit que le sang de nos aïeux à couler pour que chacun d’entre nous puisse insérer un bulletin de vote dans l’urne !

  5. Théoriquement, en effet, un élu est un citoyen ordinaire qui a reçu mandat des citoyens devant lesquels il reste comptable. Ca, c’est ce qui est « écrit ». La réalité dont nous sommes quotidiennement les témoins est toute autre. L’actuelle république a toujours fonctionné et fonctionne encore par mimétisme de la monarchie.

    Il y a un sommet du pouvoir qui transforme le chef en personnage extra ordinaire, transcendé par tous les artifices symboliques de ce pouvoir. Ses ministres sont nommés et, s’ils sont le produit indirect d’une élection, ils ne sont pas élus et n’ont reçu aucun mandat. Lorsqu’ils s’adressent aux Français, les ministres expriment surtout leur autorité : ils sont au-dessus des citoyens auxquels ils donnent des ordres. Souvent, ils leur envoient les CRS…
    Puis la République se dote d’élus à tous ses différents échelons : communes, circonscriptions, départements, régions. Ceci aboutissant aux 2 chambres parlementaires. Bien payés, les députés et les sénateurs bénéficient d’avantages qui les privilégient. Ils n’appartiennent plus à la condition commune, ils se situent au-dessus. Cela d’autant plus qu’ils cumulent les mandats pour lesquels ils sont d’autant rémunérés.
    Voilà ce qui ressort des urnes et donc des élections : des élus privilégiés ayant autorité et pouvoir sur les citoyens. Nous sommes loin du représentant ayant reçu mandat et comptable devant le peuple électeur. Nous voici très nettement dans le cas de républicains dotés de statuts monarchisés. Ils appartiennent à une hiérarchie entre la base populaire et le sommet élitaire du pouvoir.

    Enfin, considérons les conditions de l’élection. Nous sommes en système capitaliste, lequel « tolère » les patrons milliardaires du CAC 40 et les chômeurs, cocus et exclus, RMIstes. Nous avons, au plan social, une réduplication de la hiérarchie politique. Une base sociale très large et populaire où les exclus se comptent par dizaines de millions et un sommet patronal milliardaire en nombre nettement plus réduit. Ces derniers possèdent à eux seuls ce que les millions de Français possèdent ensemble.

    On est dans l’inégalité fondée sur l’injustice.

    La bourgeoisie au pouvoir a les moyens de s’offrir un personnel dévoué à ses intérêts : police, justice, presse, télé, radio, etc…. Les campagnes électorales sont financées par elle, le rapport des forces est inégalitaire entre le candidat millionnaire et le militant ouvrier ou employé.

    L’évolution de la société a produit un chômage de masse qui s’observe dans tous les pays capitalistes de la sphère occidentale. Les exclus, véritable armée populaire de masse, lorsqu’ils manifestent pour exiger des droits (ce qui est éminemment constitutionnel), se font matraquer au nom de la démocratie et de l’ordre public.

    Surveiller dès le lendemain d’élections l’itinéraire politique des élus, en se rassemblant dans la rue? Voilà qui ne veut strictement rien dire. C’est de la phrase, de la mousse. Les OWS et Indignés qui occupaient la rue se sont fait matraquer et ont été dispersés. Les manifs contre la réforme sur les retraites a bel et bien vu une répression violente, témoin ce lycéen qui a perdu un oeil et qui se trouvait devant son lycée, tôt le matin, alors qu’il ne manifestait pas.

    C’est tout ça qu’il faut changer : les structures républicaines et l’organisation sociale. Les 2 à la fois. Non par les urnes, mais dans la rue. Et, s’il le faut, en opposant la violence populaire à la violence réactionnaire.

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