LA MORT A TOUT PRIX

Tôt ou tard tout le monde est confronté à la mort. Dans les années 1990, les pouvoirs publics français décident d’ouvrir le marché des pompes funèbres à la concurrence. Comme chaque fois, lorsqu’un secteur est dérèglementé le citoyen est rarement gagnant ; car depuis, au lieu de baisser, les tarifs n’ont cessé d’augmenter (en moyenne de 40%). La matière première est inépuisable, les bénéfices aussi.

Les entreprises funéraires exploitent bien évidemment ce fabuleux créneau. La mort est une vulgaire marchandise qui permet à des sociétés de réaliser d’énormes profits, en exploitant la douleur de ses clients. Lors d’un deuil, les familles sont particulièrement vulnérables, et la liste des prestations qu’on leur propose est impressionnante. Aucun des aspects liés à la mort n’est oublié. Rien ne leur échappe, même les effets de mode, comme des cercueils écologiques biodégradables en bois issus de forêts «durablement» gérées ou en carton. Les prochains salons funéraires pour présenter les produits à la mode et créer la demande devraient faire un tabac : « Cercueil à fleurs pour les pauvres mômes et à roulettes pour les vieillards », H.B.Thiefaine ne croyait pas si bien dire !

La mort est un marché juteux entièrement privatisé. Votre enterrement est livré clefs en main, toute l’organisation des funérailles est prise en charge avec des options pour toutes les bourses et toutes les douleurs : le prix final perpétue ainsi, dans la mort, les inégalités sociales. Au delà de la mort, c’est l’amour que l’on portait au défunt qu’on évalue par la magnificence de ses funérailles. Et l’on culpabilise de ne pas faire le maximum pour ce cher disparu. Le marché de la mort n’a comme but ultime que le profit, bâti une fois encore sur le malheur des plus vulnérables. La cérémonie devient une manifestation commerciale : venez vous faire enterrer chez nous, satisfait ou remboursé !

Dans une république où l’on nous parle souvent d’égalité, il serait bon, à défaut de l’avoir trouvée durant sa vie, de la trouver à sa mort. Le service mortuaire devrait être un service public. Que chacun, quelle que soit sa condition et la grosseur de sa bourse, puisse faire son deuil dans la dignité ; la mort ne doit pas être un marché. Mais la peur de la mort fait de nous des esclaves anesthésiés !

Évidement, il ne s’agit pas de faire un enterrement de deuxième classe pour des citoyens de deuxième zone. Le but d’un service public est d’être au service des familles, surtout dans une période particulièrement difficile. De notre naissance à notre mort le système capitaliste trouve le moyen de faire du profit. A notre mort, une grande partie du travail que l’on aura fourni et des impôts que l’on aura payés tout au long de notre vie auront seulement servi à enrichir une minorité. Et même pour notre dernier voyage ils nous font encore passer à la caisse !

Il appartient à la commune et donc à la collectivité de prendre en charge les frais occasionnés par les obsèques des indigents décédés sur son territoire. Les communes ont donc obligation d’enterrer les plus pauvres, mais pour l’occasion elles font appel à des sociétés privées qui sont payées par nos impôts. Le système capitaliste ne laisse rien au hasard, faire les poches des morts est l’ultime étape de ce système, qui atteint par là les frontières de l’inhumanité !

 «Ce n’est pas que j’ai peur de mourir. Je veux juste ne pas être là quand ça arrivera.» ………Woody ALLEN

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