ELECTION RUSSIE 2012

à une semaine de l’élection présidentielle, voici les principales forces en présence, dans la vie politique russe :

Russie Unie (Poutine-Medvedev) est une sorte de « syndicat des élites » et des décideurs – business, pouvoir d’état, gouverneurs et maires, etc…- doublé de mouvements de jeunesse de masse qui, certes, reprennent les « techniques » soviétiques de mobilisation. Mais ce parti n’a aucune idéologie autre que « la modernisation ». Son succès est du au fait qu’il a « rassuré » les gens après le chaos des années 90 et que Poutine apparaissait comme un nouveau leader crédible. Son recul est du au fait que l’autoritarisme officiel n’a pas…d’autorité réelle dans un appareil d’état et une société rongés par la corruption et les illégalismes. Donc, on est encore loin du parti « dictatorial » espéré par certains milieux « décideurs » et policiers…et parfois dénoncé par les opposants.

Le Parti Communiste de la Fédération de Russie (Ziouganov) n’est pas un « PC soviétique » reconduit, mais un parti Russe, qui planche sur les intérêts Russes. Il cultive bien sûr la nostalgie de l’URSS (répandue dans toutes les couches de la société) et les traditions d’Octobre 1917, de Staline, et de la Victoire de 1945. Mais il affirme aussi un profil nationaliste et s’est rapproché de l’Eglise orthodoxe. Il recrute dans les couches pauvres et âgées. Il revendique la nationalisation des secteurs clé. Au plan international, il se veut « antiimpérialiste » (anti-US), il a soutenu Saddam Hussein et Kadhafi, le régime syrien, l’antisionisme, dénonce les guerres en Libye et celle qui se prépare contre l’Iran

Le parti Juste Russie (Mironov) a été propulsé par le Kremlin pour concurrencer le PC, de façon à avoir une gauche « loyale ». Mais ce parti s’est pris au jeu, s’est engagé dans des protestations sociales, et s’est réclamé de projets et valeurs partagées entre un héritage « soviétique » et un « réalisme » social-démocrate. Il recrute dans les milieux ouvriers, syndicaux, d’intellectuels « de gauche ». Il occupe désormais (pour combien de temps ?) la place restée vide d’une social-démocratie dont avait rêvé Gorbatchev et qu’a refusé de devenir le PC.

Le Parti Libéral-Démocrate (Jirinovski) est ultranationaliste et xénophobe, mais son nationalisme, à la différence du PC, est anticommuniste. Il flirte avec l’extrême-droite néofasciste mais, à chaque moment décisif, tant sous Eltsine que sous Poutine, se range aux côtés du pouvoir, ce qui lui vaut la suspicion d’être « téléguidé par le Kremlin ». Il recrute surtout parmi les petits entrepreneurs et les commerçants.

Le Parti Labloko (Iavlinski) est membre de l’Internationale libérale. A la différence des autres partis libéraux eltsiniens, discrédités par les « réformes » catastrophiques des années 90, il porte un regard critique sur ces « réformes » et se réclame d’un libéralisme plus social. A proximité de ce dernier parti se situe la nébuleuse des partis et groupes d’opposition qui réclament une « Russie sans Poutine ».

Au plan international, les opposants libéraux et démocrates en général sont pro-occidentaux, pro-US, pro-Israël, hostiles à la politique extérieure russe jugée « antiaméricaine » et « soutenant les dictateurs ». Tous ces partis, groupes et mouvements d’opposition – dont seuls les plus libéraux sont mis en avant dans les médias occidentaux- sont vraiment d’accord sur un seul point : éliminer Poutine. Au delà, on peut imaginer que si les ultralibéraux retrouvaient une place dans le pouvoir, ils mèneraient une politique contraire à celle qu’on souhaite parmi les « antipoutiniens » de gauche ou anars.

Le Parti National Bolchévik, interdit, se recycle, avec son leader Edouard Limonov dans un mouvement « Autre Russie ». Ces « natsboly » sont alliés aux libéraux et ont rompu avec l’aile fascisante et « eurasienne » d’ Alexandre Douguine.

Enfin, le milliardaire Mikhaïl Prokhorov,  x-leader du parti de droite Juste Cause, qui entend briguer un mandat présidentiel russe en mars 2012, a proposé de légaliser les capitaux illicites accumulés pendant les années 1990, tout en obligeant les nouveaux riches russes à payer l’impôt sur le capital. M.Prokhorov, avec une fortune de 18 milliards de dollars, pourrait rassembler autour de lui une partie des forces libérales…

D’aprés un article de Jean-Marie CHAUVIER à lire ici