PRODUIRE FRANÇAIS EST UN LEURRE

Depuis quelques semaines, presque tous les candidats à la candidature défendent leur version du nationalisme industriel : produisons français, achetons français, faisons travailler les Français, Le Pen, Bayrou, Sarkozy, Hollande se passent et repassent le témoin bleu blanc rouge.

Pour Sarkozy et son gouvernement, il s’agit d’essayer de faire oublier leur politique : Hausse du chômage, augmentation de la pauvreté, liquidation du secteur public et notamment de l’Education Nationale avec 14 000 nouvelles suppressions de postes. Pour espérer grimper un nombre suffisant de marches dans les sondages à l’approche de l’échéance présidentielle, le chef de la bande du Fouquet’s tente d’éviter l’affrontement sur une autre répartition des richesses. Il rempile donc sur le terrain le plus labouré, le nationalisme, dans sa version « préservation de nos emplois ». La concurrence est sévère car la plupart des candidats espèrent, en rivalisant de propos nationalistes, gagner ou regagner l’oreille et les voix de l’électorat « populaire ».

Si l’emploi industriel est passé de 5,3 millions en 2001 à 3,4 millions en 2011, il faut prendre en compte les profondes mutations des entreprises et de la société avec notamment le développement des services. Moins de 10% des suppressions d’emplois seraient la conséquence des délocalisations. L’essentiel des suppressions d’emploi est la conséquence directe de l’augmentation de la productivité du travail et des restructurations des entreprises. Il faut moins de temps pour fabriquer une voiture ou un lave-linge ? Alors travaillons moins !

En ce qui concerne les déficits commerciaux, le commerce intra-européen représente plus de 70 % des échanges des pays de l’Union européenne. L’essentiel du déficit commercial de l’UE provient des échanges sur l’énergie et les matières premières avec les pays du Sud. Quant aux produits « français », qu’il faudrait privilégier, bien difficile d’y retrouver ses petits dans l’automobile, par exemple, où la plupart des composants sont fabriqués par des sous traitants, avec des matières premières issues des marchés mondiaux et le tout souvent seulement assemblé en France.

Des mesures protectionnistes, qu’elles s’affichent sociales, écologiques ou monétaires par la France ou l’Union européenne, entraîneraient des mesures de rétorsion de la part des autres pays et une guerre commerciale généralisée. Elles aboutiraient à un renforcement de la concurrence entre les Etats, au Nord comme au Sud, au nom de laquelle de nouveaux sacrifices seraient demandés aux salariés. Il s’agirait d’opposer les salariés entre eux, suivant leur nationalité nourrissant ainsi le nationalisme et la xénophobie et non d’aller vers une coopération entre les peuples.

Il s’agit pour les patrons, les gouvernements et politiciens à leurs ordres ou complices, de faire des travailleurs chinois, indiens ou brésiliens la cause de tous nos maux, de faire croire que nous aurions des intérêts communs avec les classes dirigeantes de nos pays et d’esquiver ainsi leurs responsabilités.

La réduction massive du temps de travail, l’interdiction de tous les licenciements avec des choix de productions répondant aux besoins, aux exigences sociales et écologiques sont plus que jamais d’actualité. Évidemment ce ne sont pas les choix des Moody’s, Standart and Poor’s pour qui les élèves bien notés sont les cancres des droits sociaux.

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Une réflexion sur “PRODUIRE FRANÇAIS EST UN LEURRE

  1. Article intéressant mais difficile à croire.
    Vous dites que la perte des emplois ne serait pas due aux délocalisations, or prenons juste le cas de l’industrie textile, qui a perdu des centaines de milliers d’emplois en 10 ans en France.
    L’arrivée d’acteurs mondiaux de type Zara, Gap ou HetM a permis la vente du moindre pull à 9.90€, ce qui est impossible à obtenir dans une fabrication française. Tout est fabriqué en Chine et Inde pour quelques centimes. Ce profond bouleversement a bien entraîné une cascade de fermetures d’usines en France, et a augmenté considérablement les marges des sociétés importatrices qui n’ont pas réinjecté leurs gains dans le circuit mais les ont financiarisés. Vous multipliez cet exemple par 1000 et dans tous les secteurs et vous obtenez la situation telle qu’elle est aujourd’hui. La désindustrialisation entraîne de fait la faillite des entreprises de service puisque l’industrie et le service sont intimement liés (La Grèce par exemple est extrêmement fragile car elle n’a pas d’industrie), donc un pays qui perd des points industriels est un pays qui entre en récession puis en dépression.

    Quant à dire que tout changement de type écluses douanières entraînerait des mesures de rétorsion, qui peut être assez devin pour spéculer de la sorte?
    Le Brésil a obligé Apple à fabriquer ses Ipad au Brésil, et Apple a obtempéré: pas de guerre, pas de rétorsion, just business.
    Ce qui prouve que le politique peut jouer un vrai rôle s’il ne laisse pas le marché tout réguler, et surtout s’il n’est pas infiltré par des hyper classes décidant de la bonne mécanique capitaliste du monde.

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