EN LYBIE SAUVONS LE PETROLE

J’ai toujours eu du mal à considérer l’OTAN comme une organisation humanitaire, et les lobbys et les multinationales comme  le prolongement de la ligue « des droits de l’homme ». L’ironie, c’est que les pays occidentaux qui mettent à feu et à sang l’Irak et l’Afghanistan, qui ont laissé faire un génocide au Rwanda, qui ont laissé massacrer les palestiniens à Gaza, qui ont laissé faire le coup d’état au Honduras, qui laissent massacrer les manifestants à Bahreïn, vont dans un geste désintéressé aider la population libyenne sans autre intention que de leur rendre la liberté … si c’est vrai tant mieux pour eux, mais j’avoue que je suis sceptique. Souhaitons que ce ne soit pas une odeur de pétrole qui attire tous ces rapa…tous ces braves gens ! Dans les jours ou les semaines qui viennent nous serons fixés…

Contrairement à l’Egypte et à la Tunisie, où des manifestations pacifiques, avec des mots d’ordres clairs ont fini par chasser les dictateurs que l’on avait mis en place, en Lybie, c’est une rébellion armée, dans un contexte tribal particulier, qui tente de renverser un gouvernement. Face à cette menace, le chef de l’État, Kadafi, commandant des forces armées, combat les troupes rebelles. Cette situation s’est déjà produit des dizaines de fois à travers le monde, à Madagascar récemment, sans que la communauté internationale intervienne. Et quelles sont les intentions de Sarko en Côte d’Ivoire, où nous avons quand même beaucoup plus de relations avec Abidjan qu’avec Tripoli ? N’oublions pas que la France avait proposé son aide à Ben Ali et Moubarak, plutôt qu’a leurs populations !

J’ai bien peur que la Lybie ne subisse le même sort que l’Irak, tous deux ont des points communs : un dictateur qui n’est pas aux ordres de l’occident et qu’il faut donc renverser, et beaucoup de pétrole ! Bagdad avait un des musées antiques les plus « riches » au monde, il a été effacé, la Lybie possède des ruines romaines uniques, subiront-elles le même sort ? Lorsque les infrastructures auront été détruites, le pétrole sécurisé, comment sera traitée la population libyenne ? Comme en Irak, la reconstruction ne sera-t-elle confiée qu’aux entreprises des vainqueurs et payées par les avoirs libyens qui auront été gelés ? Et pour l’armée américaine la Libye est l’endroit idéal pour établir des bases en Afrique du Nord.

Kadhafi n’est pas qualifié de dictateur parce qu’il fait tirer sur la foule. Il se passe la même chose en Arabie Saoudite, au Bahreïn et dans d’autres pays que nous soutenons, et les dirigeants de ces pays reçoivent tous les honneurs de l’Occident. Kadhafi est un dictateur parce en 1969 il a nationalisé le pétrole libyen.

Hugo Chavez qui sait ce que c’est que l’ingérence étrangère et l’appât du pétrole pour les grandes compagnies américaines et européennes avait proposé qu’une commission de présidents africains désignés par l’Union Africaine négocie un cessez le feu et essaie de mettre les différents partis autour d’une table. Mais l’autorisation demandée par le comité de l’Union Africaine à la communauté internationale a été « refusée ».

Le but de cet article n’est pas de dédouaner Kadhafi de tout ce qu’il a fait, mais de nous mettre en garde face aux promesses des libérateurs, pour que dans quelques mois,  les Libyens, ne regrettent pas amèrement les 40 dernières années de pouvoir quelles que furent ses imperfections.

Face aux puissances colonisatrices, le peuple sera-t-il une nouvelle fois le « dindon de la farce » ?

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2 réflexions sur “EN LYBIE SAUVONS LE PETROLE

  1. Petits arrangements entre «amis»

    Ce que le génie n’est pas parvenu à faire pour Nicolas SARKOZY, le jour où ce dernier est tombé sur la fameuse lampe magique ; à savoir lui permettre de retrouver sa virginité politique auprès des Français ; le président français actuel est en train de le réussir, avec l’aide de certains autres « démocrates occidentaux », en réhabilitant certains proches (voire très proches même) et presque aussi terroristes et tortionnaires que KADHAFI lui-même.
    Les politiques occidentaux nous ont habitués à les voir dérouler le tapis rouge devant leur hôte de marque et tout le faste qui va avec, acceptant même certaines extravagances, comme dresser une tente dans le cœur de Paris.

    Reconnaître le Conseil National Libyen « C.N.T » est une chose, mais accorder une nouvelle virginité politique à des hommes au passé sulfureux et fidèles de KADHAFI jusqu’à une date récente : voilà ce que le génie n’a pas réussi, mais notre SARKOZY et ces politiques, si.

    Je les cite et la liste n’est pas exhaustive :

    Moustapha ABDELJALIL : Le président de ce conseil n’est autre que l’ex-ministre de la Justice libyenne. C’était le président de la cour d’appel de Tripoli qui, à deux reprises, avait confirmé la peine de mort des infirmières bulgares. Un fidèle parmi les fidèles qui, en récompense de son intransigeance dans ce procès, fut nommé ministre de la Justice en 2007.

    Idris LAGA : le coordinateur militaire du C.N.T n’est autre que l’ex- président de l’Association des parents d’enfants infectés, très active pendant toute l’affaire des infirmières bulgares. Très proche de KADHAFI, il avait fait monter les surenchères en instrumentalisant la douleur des victimes.

    Moussa KOUSSA : le tout récent ex-ministre des Affaires étrangères de KADHAFI. Il ne va pas tarder à rejoindre la rébellion alors même qu’il a été expulsé en 1980 de Londres (là où sa carrière sur la scène internationale a commencé quelque 30 ans plus tôt comme ambassadeur), sur ordre du gouvernement britannique parce qu’il ne cachait pas ses intentions de régler leur compte à deux opposants au régime du colonel KADHAFI.

    Le général Abdel-Fattah YOUNIS est devenu la coqueluche des Occidentaux – le Quai d’Orsay relate sur son site une conversation téléphonique entre lui et Alain JUPPÉ le 5 mars 2011 – qui espèrent que son ralliement permettra aux insurgés de reprendre du poil de la bête sur le terrain militaire. Ils oublient ce que ses hommes, sur ses ordres, avaient infligé comme mauvais traitements aux infirmières – viols, électrochocs et morsures de chiens notamment – pour leur faire avouer des crimes qu’elles affirmaient n’avoir jamais commis.

    Et la liste ne s’arrête pas là. Ces opportunistes, ayant vu ce que la rue à pu faire en Tunisie et en Égypte ont été prompts à retourner leur veste (avec la bénédiction de ces « démocrates occidentaux »). Le peuple tunisien a exigé et obtenu que tous les collaborateurs de l’ancien régime soient écartés de la sphère des politiques qui dirigeront désormais la nouvelle République. Le peuple égyptien a émis les mêmes revendications et a pu en obtenir certaines.

    Les suscités qualifiés de paria hier par ceux-là mêmes qui les serrent dans leurs bras aujourd’hui, vont se retrouver aux commandes de ce pays : La Libye. On se demande bien dans l’intérêt de qui ? Du peuple libyen ? Leur propre intérêt ?… Ou bien celui de ceux qui leur accordent cette nouvelle virginité ?…

    Certains des démocrates occidentaux n’hésitent pas à affirmer qu’ils préfèrent à la limite un régime islamiste extrémiste/radical en Libye à celui de KADHAFI.
    Nick CLEGG, le chef du parti Libéral Démocrate britannique, occupe la fonction de vice premier ministre au service de Sa Majesté la reine Élizabeth II. Il est donc ce qu’on appelle « une grosse pointure » de la coalition au pouvoir à Londres.
    Il vient de dire à l’occasion d’un discours prononcé à Mexico (29 mars 2011) où il se trouve en visite officielle, que le résultat de l’agression militaire contre la Libye à laquelle participe son gouvernement pourrait bien se terminer par l’instauration de ce qu’il appelle un régime islamiste radical en cas d’éviction du colonel KADHAFI. Il laisse, par ailleurs, sous-entendre qu’il préfèrerait un régime comme celui que les Américains ont mis en place en Irak.
    Nick Clegg dit également dans son discours : «Ce n’est pas à nous de choisir le gouvernement libyen ni même le système de gouvernement en Libye» mais il continue à penser quand même qu’il revient à la Grande-Bretagne et à ses alliés de sommer KADHAFI de quitter le pouvoir dans son pays.
    D’où la perpétuelle question : Dans l’intérêt de qui ?

    Lotfi AGOUN
    http://lotfi-agoun.blogspot.com/

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